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L’industrie forestière demande au prochain gouvernement d’être une «priorité absolue»
Un travailleur range un tas de bois dans une scierie de Montréal, le mardi 25 avril 2017. LA PRESSE CANADIENNE/Paul Chiasson Face à une crise aux causes multiples, des membres importants de l’industrie forestière réclament que le prochain gouvernement du Québec fasse de la filière forestière une «priorité absolue».
L’industrie forestière fait face à plusieurs défis, dont des coûts de production élevés, des conflits d’usage, des enjeux environnementaux, en plus d’être la cible de droits de douane américains combinés de 45 %.
«Le litige commercial a mis en évidence le fardeau additionnel supporté par les entreprises québécoises» et «le Québec doit se doter d’un régime forestier écrit par et pour les Québécois, et non pour les Américains», a lancé Michel Vincent, président du Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ), lors d’une conférence de presse lundi matin au Saguenay.
Le président du CIFQ était accompagné de représentants de l’Association des entrepreneurs en travaux sylvicoles du Québec (AETSQ), de l’Association québécoise des entrepreneurs forestiers (AQEF) et de la Fédération québécoise des coopératives forestières (FQCF).
Le gouvernement du Québec a récemment apporté «des améliorations» qui ont conduit à «l’abolition de la rente et la mise en place prochaine d’un système de tarification moderne et réactif», mais ces actions sont insuffisantes pour permettre aux entreprises forestières d’être rentables, a fait valoir Michel Vincent.
Problème de rentabilité et de liquidités
«Le principal problème» auquel l’industrie fait face, «c’est un problème de liquidités», selon le président du Conseil de l’industrie forestière du Québec.
«Présentement, mettre 1000 pieds de bois sur le marché, c’est une perte. On parle souvent de 100 $, 150 $, 200 $ du 1000 pieds. Je ne sais pas si vous réalisez, mais pour chaque camion qui sort, ce sont des pertes de 2000 $ à 3000 $ à 4000 $», a-t-il expliqué en précisant que, pour les industriels, «l’efficacité d’un régime forestier s’observe par le prix de la matière ligneuse livrée à l’usine de transformation».
Les revenus, a expliqué Michel Vincent, ne permettent pas de couvrir les coûts de transformation, les coûts de la ressource et les droits de douane.
Le président de l’Alliance des communautés forestières, Yanick Baillargeon, a pour sa part ajouté que l’Ontario a mis en place des mesures fiscales qui font que les entreprises ontariennes sont «beaucoup plus compétitives» que celles du Québec, pour qui «c’est extrêmement difficile».
Les travailleurs de l’industrie «vivent de grands moments d’incertitude et d’instabilité, ne sachant pas s’ils pourront continuer à travailler dans le secteur forestier dans les semaines à venir», a ajouté Yanick Baillargeon.
«Nous exigeons que tous les partis politiques, en vue de la prochaine élection, reconnaissent enfin le secteur forestier à sa juste valeur. Non plus comme un enjeu régional, mais comme une priorité nationale incontournable», a lancé celui qui est également préfet de la MRC du Domaine-du-Roy, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, lors d’une conférence de presse lundi matin au Saguenay.
Le Québec aurait dû diversifier ses marchés
Pour Christian Messier, professeur à l’UQAM et chercheur dans le domaine de la forêt, le problème de rentabilité de l’industrie est causé notamment par «un manque d’investissement depuis très longtemps dans une sylviculture efficace qui aurait permis d’avoir du bois de qualité plus près des usines, ce qui force maintenant l’industrie à aller chercher son bois de plus en plus loin».
Dans un échange avec La Presse Canadienne, il a également souligné que le Québec impose une taxe sur les opérations forestières, ce que l’Ontario ne fait pas.
Les droits de douane récurrents des États-Unis causent évidemment beaucoup de torts à l’industrie québécoise, «mais nous aurions dû essayer de diversifier nos marchés depuis longtemps», a indiqué le chercheur.
Selon Christian Messier, «à moyen et long terme, la situation devrait se replacer, car la demande en bois est en augmentation et le Québec devrait mieux s’en sortir au niveau des impacts des changements climatiques sur nos forêts que nos voisins de l’ouest du Canada».
L’ingénieure forestière Helin Dura est d’avis que «la nature même de la ressource forestière» est un «problème que l’on oublie souvent» d’aborder.
«On s’approvisionne beaucoup en forêt boréale, avec des petites épinettes à petits diamètres et à croissance lente», ce qui fait «qu’on atteint vite la limite de notre productivité», a expliqué celle qui est également étudiante au doctorat à la Chaire de recherche du Canada en sylviculture adaptée au changement climatique, associée à l’Université Laval.
«Jusqu’à un certain point, je pense qu’il faudrait laisser la forêt pousser davantage pour avoir de plus grosses tiges», mais il faut aussi avoir recours davantage à la sylviculture.
La sylviculture fait référence à un ensemble de procédés qui permet de contrôler la croissance et la qualité de la ressource forestière, «un peu comme on le fait avec un jardin», a indiqué Helin Dura.
Lors de la conférence de presse lundi, les organisations présentes ont d’ailleurs réclamé davantage de financement pour la sylviculture.
«Les entrepreneurs sylvicoles sont très préoccupés par l’état de santé actuel des forêts, en raison notamment du retard dans les interventions dû à la mauvaise planification opérationnelle des travaux et de la réduction budgétaire occasionnée par la non-indexation depuis 2014», a indiqué Rémy Paquet, président de l’Association des entrepreneurs en travaux sylvicoles du Québec (AETSQ).
Selon lui, pour l’année 2025, il manquait 52 millions $ pour faire les travaux de sylviculture de base dans le secteur forestier.