Forte demande : les réserves de sirop d’érable sont écoulées
Des cannes de sirop d’érable attendent d’être remplies dans une érablière de Roxton Pond au Québec le lundi 9 mars 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Christinne Muschi
Christinne Muschi La réserve stratégique de sirop d’érable est à sec. Sans coup de pouce du gouvernement, des occasions d’affaires pourraient filer entre les mains de l’industrie acéricole, craint le président des Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ), Luc Goulet.
« Est-ce qu’on veut que le secteur stagne et se mette une limite ? » s’interroge l’acériculteur en entrevue, en marge du dévoilement d’un rapport sur les retombées économiques de l’industrie.
Le volume de production des érables est tributaire des conditions météorologiques. Pour assurer une plus grande stabilité de l’approvisionnement et des prix, les PPAQ ont établi une réserve stratégique.
Cette marge de manœuvre est toutefois épuisée, dans un contexte de forte demande. « Notre réserve stratégique a été ramenée à zéro », affirme M. Goulet. Si la météo est moins favorable à l’écoulement de la sève d’érable, l’industrie pourrait perdre des clients.
Le représentant des acériculteurs donne l’exemple de la rupture des stocks en 2007 et 2008. « On a perdu certains marchés parce que le produit n’était pas là, raconte-t-il. Puis, le consommateur, bien rapidement, il se tourne vers un autre produit sucré. Puis, après ça, les habitudes de consommation sont là. »
Une forte demande
Le sirop d’érable québécois gagne des parts de marché à l’étranger, affirme le président du Conseil de l’industrie de l’érable (CIE), Louis Turenne, dans une entrevue distincte.
Les exportations ont augmenté de 9,34 % en 2024 par rapport à l’année précédente. Le rythme s’est accéléré en 2025 avec une progression de 15,8 %. L’an dernier, les clients commerciaux américains ont rempli leurs stocks, craignant que le président Donald Trump ne mette sa menace de droits de douane à exécution.
En 2026, les exportations ont augmenté de 2,48 % de janvier à août par rapport à la période comparable. « C’est toujours difficile de battre une année exceptionnelle », nuance M. Turenne.
Être confronté à des consommateurs gourmands est un beau problème, mais M. Goulet croit que l’industrie peut encore prendre de l’expansion. « Il reste un très grand potentiel au Québec d’érablières qui est à exploiter. »
Les investissements de Québec « sont trop peu élevés à notre goût présentement », estime M. Goulet qui espère avoir l’oreille du nouveau gouvernement péquiste.
« Quand on nous dit qu’on a une filière qui est prospère, qu’on est en développement et qu’on n’a pas besoin de soutien, moi, ce discours-là, je ne l’accepte plus au niveau gouvernemental », tranche-t-il.
Pour sa part, M. Turenne estime que Québec pourrait favoriser l’augmentation de la production en accordant un soutien financier aux producteurs. Le gouvernement doit aussi continuer de soutenir les transformateurs dans la recherche de nouveaux débouchés à l’étranger.
Actuellement, près de 65 % des exportations de sirop d’érable prennent le chemin des États-Unis. « On a entrepris une belle diversification au cours des dernières années, il y a 20 ans, c’était 80 % », indique M. Turenne.
« Mais il faut accélérer l’ouverture et le développement des marchés européens, australiens, asiatiques pour devenir moins dépendant du marché américain », enchaîne-t-il.
Le sirop québécois domine
Si la feuille d’érable est le symbole du drapeau canadien, l’industrie acéricole est grandement concentrée au Québec. Plus de 70 % de la production nord-américaine est dans la province, selon un rapport dévoilé jeudi, commandé par les deux associations qui défendent l’intérêt de l’industrie.
Près de 88 % de la production québécoise est commercialisée localement, selon des données additionnelles fournies par le CIE. En incluant la production, la transformation et les équipementiers spécialisés, l’industrie acéricole a contribué au produit intérieur brut (PIB) à hauteur de 1,21 milliard $ en 2025, selon un rapport.
Au total, le secteur emploie plus de 10 000 personnes en équivalent temps plein et a généré des recettes fiscales de 285 millions $, en excluant les taxes municipales et les redevances pour la location des terres publiques.
Ce chiffre ne tient pas compte des cabanes à sucre que visitent de nombreux Québécois au printemps. « Les activités de cabanes à sucre s’apparentent davantage à la restauration », précise M. Turenne.
Les membres des PPAQ ont fait des démarches durant la campagne électorale pour promouvoir leur industrie. « Souvent, les candidats qu’on a rencontrés étaient étonnés de toute la sphère économique qu’on pouvait générer, de l’emploi en région, puis du dynamisme qu’on donnait dans des municipalités où, si on enlève l’acériculture, on va être mieux de fermer les villages », avance M. Goulet.