Les mesures du gouvernement Fréchette injecteront 1,5 milliard $ dans l’économie
La première ministre du Québec et cheffe de la Coalition Avenir Québec, Christine Fréchette, arrive au Conseil exécutif, à Québec, le mardi 8 septembre 2026, pour une conférence de presse sur les droits de douane. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot Les mesures d’achat local mises en place par le gouvernement caquiste lundi soir dans la foulée de la guerre commerciale avec les États-Unis injecteront 1,5 milliard $ dans des entreprises québécoises sur quatre mois, a indiqué la première ministre Christine Fréchette, mardi.
À titre de comparaison, le gouvernement et les organismes publics ont accordé pour 26 milliards $ en contrats en 2024-2025.
Et dans les faits, les nouvelles mesures protectionnistes adoptées par le gouvernement écarteront moins de 10 % des entreprises soumissionnaires, qui sont américaines, a-t-elle convenu.
«Intimidateur»
«Le Québec fait face à un intimidateur», a-t-elle déclaré, en référence au président américain Donald Trump, lors d’une conférence de presse au Conseil exécutif, mardi matin, au lendemain d’une séance spéciale du conseil des ministres.
«Face à lui, on a deux choix. Soit on s’incline et on finit à genoux. Soit on garde la tête haute et on se tient debout. Comme première ministre, j’ai fait mon choix. Je vais me tenir debout pour le Québec.»
La cheffe caquiste a ainsi fait une pause dans sa campagne électorale pour revêtir ses habits de première ministre, alors que la guerre commerciale avec les États-Unis entre dans une nouvelle phase.
C’est en raison de l’entrée en vigueur de représailles adoptées par le gouvernement fédéral mardi — une riposte coup pour coup aux droits de douane supplémentaires annoncés par les États-Unis le 22 août.
Le conseil des ministres a donc adopté lundi soir un décret pour que l’État réserve des appels d’offres aux entreprises ayant un établissement au Québec et au Canada.
On pourra aussi exiger que les biens soient produits et transformés ici et même accorder une marge préférentielle de 15 % selon la valeur ajoutée québécoise ou canadienne.
Également, pour tous les contrats de moins de 9,2 millions $, le ministère des Transports, Santé Québec et la Société québécoise des infrastructures (SQI) devront exiger qu’au moins 15 % de la valeur des matériaux et équipements soit québécoise ou canadienne.
Le seuil de 9,2 millions $ correspond aux exigences de commerce international. Pour les montants supérieurs, des exigences pourraient être imposées par décret.
Les sociétés d’État seront également mises à contribution. Elles devront adopter une stratégie d’achat québécois et pourront déroger à l’actuelle loi sur les contrats des organismes publics.
Et dans le secteur du meuble, le gouvernement sera encore plus restrictif: il s’approvisionnera uniquement auprès de fournisseurs québécois, puisque cette industrie est particulièrement affectée par les politiques américaines.
«Il y a 1,5 milliard $ de contrats qui pourraient être touchés par nos mesures adoptées hier (lundi)», a précisé Mme Fréchette.
Mais elle a admis que dans les faits, peu d’entreprises seront exclues de l’adjudication des contrats.
«Ce n’est pas un pourcentage très élevé, mais tout de même, ce serait en bas de 10 %, mais ça reste que ce sont des entreprises pour lesquelles il devient plus difficile de se positionner pour l’obtention d’un contrat, d’autant qu’on va rehausser, en fait, les soumissions qui nous seront transmises par des entreprises québécoises.»
Les mesures douanières mises en place par le fédéral toucheront 5 % des importations du Québec en provenance des États-Unis, a indiqué la première ministre, par rapport à 8,8 % dans le reste du Canada.
«Ça, c’est les meilleures données qu’on a, parce que l’on comprend que c’est en oeuvre depuis minuit ce soir», a-t-elle tenu à tempérer.
Mme Fréchette a insisté sur l’inquiétude des Québécois.
«Je sais qu’il y en a plusieurs d’entre vous qui êtes inquiets, inquiets pour votre emploi, pour votre sécurité financière, pour celle de votre famille», a-t-elle souligné.
Ses adversaires lui reprochent depuis le début de la campagne de vouloir d’ailleurs tirer profit de la crise commerciale actuelle en nourrissant l’anxiété des électeurs et susciter ainsi leur adhésion aux décisions du gouvernement, et donc de son parti aux élections.
La première ministre s’est défendue de vouloir faire un spectacle avec cette escalade de la guerre commerciale.
«Si vous parlez aux entreprises, elles vous diront que ce n’est pas un spectacle», a-t-elle argué.
Par ailleurs, le gouvernement mettra sur pied un «groupe tactique» afin d’aider les entreprises québécoises à remplacer leurs fournisseurs américains par des fournisseurs d’ici ou d’ailleurs au Canada.
Il serait aussi envisagé de mutualiser des achats afin de s’assurer que les prix des approvisionnements soient tout aussi concurrentiels que quand ils étaient achetés aux États-Unis.