Le Maine, État où la guerre commerciale était un enjeu électoral, élit un démocrate

La Presse Canadienne | 4 novembre 2026 | 08:00
Troy Jackson, candidat démocrate du Maine au Sénat, prend la parole lors d’un événement tôt le mercredi 4 novembre 2026 à Portland, dans le Maine. (Photo AP/Robert F. Bukaty)

Le démocrate Troy Jackson a battu la sénatrice républicaine sortante de longue date du Maine, Susan Collins, clôturant ainsi une campagne qui a été, en partie, marquée par la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis.

Ce résultat s’inscrit dans la «vague bleue» qui a permis aux démocrates de prendre le contrôle du Sénat et a sanctionné les alliés du président Donald Trump.

«Nous devons tenir tête à Donald Trump. Nous devons défendre notre démocratie», a lancé M. Jackson devant ses partisans lors de son discours de victoire.

Le Maine, un État du nord-est limitrophe au Québec et au Nouveau-Brunswick, importe pour des milliards de dollars de produits en provenance du Canada, tels que l’électricité, les produits de la mer et les plastiques.

Les sondages montraient qu’une majorité d’électeurs du Maine était mécontente des politiques de M. Trump, qui ont fait grimper les prix de l’énergie et provoqué l’effondrement du tourisme canadien.

Mme Collins s’était publiquement opposée aux droits de douane imposés par M. Trump au Canada et avait fait pression pour obtenir certaines exemptions. De son côté, M. Jackson avait accusé son adversaire de ne pas en avoir fait assez pour lutter contre le régime tarifaire du président.

«Nous n’avons aucun problème avec le Canada»

De nombreux électeurs interrogés mardi par La Presse Canadienne espéraient que la guerre tarifaire entre les deux pays, déclenchée par M. Trump après son arrivée au pouvoir l’année dernière, allait se terminer rapidement.

Sydney Olson a souligné qu’elle ne voyait pas pourquoi les États-Unis mèneraient une guerre commerciale contre le Canada. Elle a expliqué que l’économie avait pesé dans son choix de voter pour M. Jackson.

«Il n’y a pratiquement aucun Américain qui souhaite que les Canadiens soient pris à partie et qui souhaite entrer en guerre commerciale avec le Canada», a-t-elle fait valoir devant un bureau de vote de Bangor.

«Nous n’avons aucun problème avec le Canada. Nous aimons le Canada. Pourquoi s’embêter?»

Michael Furrow, un militaire à la retraite, a expliqué avoir voté pour Mme Collins en raison de sa capacité à obtenir le soutien fédéral pour des projets essentiels à l’économie du Maine.

Malgré tout, ce jeune homme de 23 ans a ajouté qu’il souhaitait voir disparaître les droits de douane imposés par M. Trump sur les produits canadiens.

«Les échanges commerciaux doivent être ouverts et libres de part et d’autre de la frontière, a-t-il plaidé. Nous avons deux grands pays. Si nous travaillons ensemble, je pense que nous pouvons accomplir de grandes choses.»

D’autres partisans républicains ont dit vouloir que les droits de douane sur les produits canadiens soient maintenus, du moins, dans une certaine mesure.

«J’aimerais que les règles du jeu soient équitables», a souligné Mark McPherson après avoir voté pour Mme Collins. 

M. McPherson partage l’avis de M. Trump selon lequel les États-Unis ont été «floués» par le commerce mondial.

Des liens commerciaux étroits

Le Maine dépend fortement du commerce avec le Canada.

Les chiffres du gouvernement fédéral montrent que l’État importe chaque année pour 4,1 milliards $ de marchandises en provenance du Canada, ce qui fait de ce dernier le premier partenaire commercial du Maine.

Ce montant comprend notamment 2 milliards $ de mazout, plus d’un demi-milliard $ des activités issues de l’industrie forestière et 263 millions $ d’électricité en provenance du Nouveau-Brunswick, entre autres catégories.

Depuis que le président Donald Trump a déclenché la guerre commerciale, les exportations de produits forestiers du Maine vers le Canada ont chuté de 20 % et entraîné des pertes d’emplois, a révélé la gouverneure de l’État, Janet Mills, dans une tribune publiée en août.

Le nombre de séjours de Canadiens dans le Maine a fortement baissé l’année dernière, selon une analyse des données frontalières réalisée par le Maine Center for Economic Policy.

Au Nouveau-Brunswick, les droits de douane américains ont mis à rude épreuve le secteur forestier et le tissu industriel de la province, et ont pesé sur les résultats financiers des brasseries.

Des droits de douane retirés, d’autres ajoutés

Mme Collins se présentait comme une candidate indépendante n’hésitant pas à se démarquer de son parti et à voter contre M. Trump sur les droits de douane auxquels elle s’opposait depuis longtemps.

Lors d’un débat, le mois dernier, Mme Collins a révélé avoir fait pression sur la Maison-Blanche pour que le béton, la pâte à papier et le sel de déneigement soient retirés de la liste des produits canadiens soumis aux droits de douane.

M. Jackson lui a rétorqué: «On ne peut pas manger du sel de déneigement.» Cet échange est devenu viral et a suscité la diffusion de mèmes «qu’ils mangent du sel de déneigement».

Moins de deux semaines avant les élections de mi-mandat, Mme Collins a annoncé que les États-Unis allaient lever les droits de douane sur neuf catégories de produits canadiens qu’elle jugeait essentiels aux secteurs agricoles du Maine.

Cette décision a été perçue comme une tentative de M. Trump — qui n’a pas fait campagne dans le Maine lors de ce cycle électoral — d’aider Mme Collins à conserver son siège.

Mais dans le même décret, M. Trump a imposé de nouveaux droits de douane sur des dizaines de nouvelles catégories de produits, comme la poudre de cacao, les peintures et vernis, les shampoings, les revêtements de sol en vinyle, le matériel de tir à l’arc et les tapis.

— Avec des informations de Kelly Geraldine Malone, à Detroit, et de l’Associated Press