Intoxications à l’insu des victimes | Le projet Trajectoire recense 24 dossiers au Bas-Saint-Laurent

Pierre-Olivier Lefrançois | 23 janvier 2026 | 15:33
Image d'illustration par Depositphotos

Depuis son lancement en décembre 2023 par le ministère de la Sécurité publique du Québec, le projet Trajectoire, une mesure mise en place pour mieux détecter, signaler et documenter les cas d’intoxication d’une personne à son insu, notamment au GHB, a répertorié un total de 24 cas au Bas-Saint-Laurent.

Trajectoire est une démarche coordonnée entre les urgences hospitalières, les corps policiers, dont la Sûreté du Québec (SQ) et le gouvernement provincial.

Son objectif est de permettre à toute personne suspectant une intoxication involontaire, avec ou sans agression sexuelle, de se présenter rapidement à une urgence pour faire une prise d’urine légale. L’échantillon est ensuite analysé par des spécialistes en sciences judiciaires et en médecine légale afin de déterminer quelles substances étaient présentes. À terme, cette procédure vise à aider les corps policiers à ouvrir des enquêtes ou à documenter le phénomène criminel.

L’initiative soutient les victimes en leur donnant accès à un processus organisé pour signaler l’événement et potentiellement poursuivre en justice l’auteur.

À la première année de son déploiement, une dizaine de dossiers ont été ouverts en lien avec des personnes soupçonnant avoir été intoxiquées à leur insu dans le Bas-Saint-Laurent. L’année suivant, sept cas ont été répertoriés dans la région, puis sept autres en 2025.

« On n’a pas encore assez d’années complètes pour déceler une tendance à savoir s’il y a une augmentation ou une diminution [des cas d’intoxication involontaire à une substance]. (…) Parmi les 24 dossiers [bas-laurentiens], 12 enquêtes n’ont pas permis de démontrer que la personne avait effectivement été intoxiquée par le GHB. On compte également un refus du procureur du DPCP à porter des accusations, malgré les démarches qui ont été effectuées », explique le porte-parole régional de la SQ, Frédéric Deshaies. « Ça ne signifie pas nécessairement que la personne n’a pas été intoxiquée. Ce qu’il faut comprendre, c’est que le GHB est une substance incolore et inodore, souvent difficile à détecter. Les délais entre les faits et le signalement ainsi que les analyses toxicologiques peuvent en partie expliquer pourquoi on n’est pas toujours en mesure d’établir la preuve, d’où l’importance pour la victime d’aller rapidement vers un centre hospitalier. »

Se présenter aux urgences dans les 48 heures suivant la suspicion d’intoxication fait d’ailleurs partie des étapes clés de Trajectoire. Passé ce délai, il est souvent difficile de détecter des substances comme le GHB dans l’urine.

Par ailleurs, la SQ émet une série de recommandations afin de réduire au maximum les risques d’intoxication involontaire.

« Ne jamais laisser son verre sans surveillance, sortir en groupe et se surveiller entre amis. En cas de malaise soudain ou inhabituel, demandez de l’aide rapidement et consultez. À la SQ, on prend tous les signalements au sérieux et chaque dossier est analysé avec rigueur », affirme Frédéric Deshaies.

Évidemment, plus Trajectoire sera éprouvé, plus il sera possible d’établir ou non une tendance. Pour l’instant, le projet gagne à être mieux connu.