Les fermes verticales : terreau d’avenir de l’agriculture

© Inno-3B Saint-Pacôme

Le concept des fermes verticales commence à se faire une place au Québec, poussé par l’innovation et une volonté d’asseoir une plus grande autonomie alimentaire. Mais où en est-on au Québec ? En avance, en retard, ou au même stade d’avancement que les autres?

Selon Claude Laniel, directeur général des Producteurs en serre du Québec, « on en est à la phase de démarrage. Si on se compare à ce qui se fait particulièrement en Europe, on est un petit peu en retard sur les technologies qui ont été mises au point. »

Au Québec, des entreprises comme ÉAU ont été parmi les premières à cultiver le principe, avec l’aquaponie comme élément déclencheur. D’autres comme GoodLeaf et tout récemment Océan Vert et Inno-3B de Saint-Pacôme ont suivi. Cette dernière à qui Québec vient d’accorder une aide de 6,8 M$ pour lancer la première de deux fermes d’agriculture verticale en région. « Elle est assez mature », concède Claude Laniel, des Producteurs en serre du Québec.

© ÉAU

La culture verticale promet à terme de permettre la culture des légumes, presque toute l’année dans un espace plus restreint et d’assurer une certaine constance de la chaîne d’approvisionnement. La technique présente aussi de nombreux autres avantages. On peut contrôler la lumière, réduire ou éliminer les pesticides, herbicides et fongicides. Et la culture verticale jumelée à l’aquaponie permet de filtrer et de recycler l’eau dans laquelle nagent et grandissent les poissons.

Écosystèmes alimentaires urbains (ÉAU) a été l’une des premières à tester l’aquaponie qui combien pisciculture et agriculture en serre ou en verticalité. Comme à la future Ferme aquaponique de Kahnawake. « La ferme aquaponique est un projet de production d’aliments locaux où des légumes, des herbes fraîches et des plantes à fruits seront cultivés et des truites arc-en-ciel seront élevées. Plus précisément, c’est 65 000 kg de fruits et légumes et 28 tonnes de truites arc-en-ciel biologiques que la ferme produira par année », affirme l’entreprise ÉAU. La construction n’a pas encore débuté. Le projet devrait être lancé l’an prochain, nous explique le cofondateur de ÉAU, Julien Le Net.

Mais la partie est loin d’être gagnée dans le domaine de la verticalité. On est encore loin de la commercialisation à grande échelle, même si l’entreprise Ingrow Technology en Outaouais fait pousser des laitues en 21 jours à l’intérieur contre 60 sur une ferme traditionnelle. Et l’entreprise ontarienne GoodLeaf de Guelph s’implante au Québec et investit 30 M$ pour construire une ferme d’agriculture verticale dans le secteur de Longueuil.

La production verticale qui a vraiment lieu au Québec c’est dans la fraise, note Claude Laniel. L’entreprise Ferme d’hiver de Vaudreuil, entre dans sa phase de commercialisation et bénéficie, tout comme Océan Vert, du soutien de Québec. « Le nerf de la guerre, c’est de pouvoir bien maitriser la culture comme telle. On travaille dans le domaine du vivant. Il y a des réactions qui sont parfois inattendues (maladies, insectes…). Et toute la question agronomique. La machine peut être précise, mais » ce n’est pas tout. « Ce n’est pas parce qu’on est en serre verticale qu’on est forcément plus productifs qu’en serre traditionnelle », souligne Claude Laniel, directeur général des Producteurs en serre du Québec.

La culture verticale se prête surtout bien pour l’heure, à la culture de légumes-feuilles et de micro-pousses. On est encore loin des aubergines, des tomates, des poivrons. « Il va falloir se pencher sur la question du cycle de vie respectueux des règles de développement durable », souligne M. Laniel. « Peut-on comparer une laitue produite en serre verticale l’hiver à celle cultivée au champ ou à celle encore qui nous arrive du Mexique ? Tout cela reste à démontrer » dit-il.

Et toutes ces belles idées ont un coût. Il est peu probable que le consommateur à la recherche d’un légume à prix d’aubaine y trouve son compte. Mais dans des régions où rien ne pousse, l’idée commence à en séduire plus d’un. La culture en serre, verticale ou pas est tout à fait indiquée dans des territoires où rien de pousse, comme au Nunavik et dans le Grand Nord. L’entreprise Makivik s’y intéresse de très près, de conclure M. Laniel.