Le Bas-Saint-Laurent n’en a pas fini avec la pénurie de main-d’oeuvre

RIVIÈRE-DU-LOUP – La pénurie de main-d’œuvre n’a pas fini de donner des maux de têtes aux employeurs du Bas-Saint-Laurent. La fin de la prestation canadienne d’urgence (PCU) n’a pas eu l’effet anticipé, la manne de curriculum-vitae espérée se fait encore attendre et les publicités de recrutement ont peu d’effets. Si l’on peine actuellement à combler les 4 250 emplois actuellement disponibles, la situation ne s’améliorera pas puisque le nombre de départs à la retraite sera bientôt supérieur au nombre d’emplois à pourvoir.

Les perspectives d’emplois 2019-2023 compilés par le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale (MTESS), démontrent que 18 300 postes seront à combler d’ici moins de deux ans, alors que le nombre qui seront à pourvoir par les départs à la retraite est de 18 900. Les difficultés de recrutement les plus importantes concernent les soins de santé, l’assistance sociale, l’hébergement et la restauration.

« Les employés potentiels ne se bousculent pas aux portes. Nous n’avons reçu aucun nouveau CV depuis plusieurs semaines », commente Mylen Ouellet, copropriétaire du resto-pub l’Estaminet de Rivière-du-Loup, une institution dans la région. « J’ai assez de personnel pour l’instant, mais je dois fermer les lundi et mardi, une première en 21 ans ».

La femme d’affaires a décidé de faire appel à une agence spécialisée en embauche de travailleurs étrangers. « C’était ma seule option. Ils seront 5, probablement des marocains parce qu’ils parlent très bien la langue française. Ils devraient arriver d’ici avril ou mai. Les démarches sont couteuses, mais nous n’avons pas le choix ».

À l’Hôtel Universel de Rivière-du-Loup, une quinzaine d’employés en cuisine, plonge, massothérapie et sauveteurs seraient bienvenus. « La situation nous force à fermer la restauration les dimanches et lundis », explique la copropriétaire, Joana Lortie.  Là aussi, en plus d’avoir augmenté les salaires, l’entreprise a enclenché un processus pour accueillir plusieurs travailleurs étrangers.

Joana Lortie

Dans le secteur manufacturier, à l’usine Prelco de Rivière-du-Loup, malgré une publicité constante et un salaire horaire de plus de 20$ l’heure à l’embauche, les curriculums vitae sont loin d’encombrer la boite aux lettres.  « Nous ajouterions avec plaisir une trentaine de employés aux 225 en usine. Nous offrons plusieurs avantages sociaux, dont des assurances collectives et un fonds de retraite, mais nous recevons assez peu de candidatures », commente Judith Vir, vice-présidente, ressources humaines.   

L’installation de Prelco à Rivière-du-Loup

Causes diverses

Les causes du manque de main-d’œuvre sont nombreuses. En fait, la pénurie était prévisible depuis longtemps et la prestation canadienne d’urgence, identifiée par plusieurs comme grande coupable, n’aurait pas grands choses à y voir. « La pénurie aurait fort probablement été aussi importante même sans pandémie », commente Marie-Josée Huot, directrice générale du Centre local de développement de la région de Rivière-du-Loup.

« Nous savions déjà au début des années 2000 qu’il y aurait éventuellement un problème une vingtaine d’années plus tard. Les gens se disaient à l’époque que c’était encore loin, mais on y est. Nous avions déjà commencé à travailler pour attirer des travailleurs étrangers en 2003 et certaines entreprises avaient emboité le pas », poursuit Mme Huot, ajoutant que la baisse de la population active ajoute au problème.

Marie-Josée Huot

Vieillissement de la population

Le Bas-Saint-Laurent figurent parmi les régions où la population est la plus âgée au Québec. En 2020, les 65 ans et plus représentaient plus du quart des habitants et l’âge moyen y est d’environ 46,5 ans. Pire, le vieillissement de la population est plus rapide que dans le reste du Québec. D’ici 2036, la proportion de personnes âgées de 65 ans et plus sera de 45% dans la MRC des Basques, 40% de Rivière-du-Loup, 39% du Témiscouata et 37% au Kamouraska.

« Le nombre de départs à la retraite augmente et la population active ira en diminuant durant encore plusieurs années. C’est très préoccupant et il n’y a pas de solution unique. Les employeurs devront s’adapter, par exemple en augmentant les salaires, en instaurant des horaires variables, du télétravail et d’autres incitatifs pour améliorer les conditions des travailleurs et arrêter l’hémorragie, à tout le moins pour conserver les employés qu’ils ont déjà », conclut Mme Huot.

Pour pallier à cette pénurie qui prend de plus en plus la forme d’une crise de l’emploi, Québec lance « Opération main-d’œuvre », un programme de 3,9 milliards $ sur 5 ans pour aider les Québécois à se requalifier dans des secteurs névralgiques, dont la santé, l’éducation, le génie, les services de garde, les technologies de l’information et la construction. Parmi les mesures phares, une allocation de 475 $ par semaine sera versée aux personnes qui n’ont pas d’emploi et désirent suivre une formation ou se requalifier.