De Montréal à Gaspé en vélo pour combattre la violence conjugale

Marie-Sophie L'Heureux en route pour le Grand Départ au profit de SOS Violence conjugale.

Marie-Sophie l’Heureux en a assez de lire les nouvelles les bras baissées et de compter une à une les femmes qui périssent aux mains de leurs conjoints ou ex-conjoints. Et c’est à vélo qu’elle mènera son combat jusqu’au Bout du Monde, pour amasser des fonds au profit de SOS Violence conjugale.

Elle pédale de Montréal à Gaspé. Elle traverse actuellement le Bas-saint-Laurent. Son objectif est de recueillir 60 000$ pour cet organisme qui prévoit recevoir 60 000 appels de femmes en détresse d’ici mars 2022.

C’est pour chacune d’elles que Marie-Sophie L’Heureux prendra la route seule, en vélo, jusqu’au Bout du monde pour amasser des fonds. « Soixante mille appels, c’est beaucoup d’appels de détresse. Beaucoup de situations conjugales et familiales dans lesquelles l’inquiétude ou la détresse est présente. Des femmes. Des hommes. Des enfants. Des proches. Quand on vit une situation de violence conjugale, il faut souvent aller au bout de ses ressources, au bout de soi-même pour finir par changer quelque chose, partir pour de bon. Ça prend tout son courage. Il y a des situations où on part avec presque rien, avec son petit baluchon et ses miettes de coeur. On n’a pas le temps de se préparer, on va jusqu’au bout de soi. Le Bout du Monde, pour moi, c’est très symbolique d’autant que c’est là que l’océan s’ouvre, que le regard s’ouvre et le coeur aussi. Là où l’infini, celui de la mer et celui des possibilités de la vie est enfin accessible aux cœurs vaillants. C’est une belle façon de terminer » le parcours, nous dit Marie-Sophie L’Heureux.

Le Bout du Monde à Gaspé, le point de chute final des 1200km parcourus.

Pour combattre ce fléau relationnel, familial et social, Marie-Sophie L’Heureux a quitté Montréal le 26 juillet. « Je suis encore dans les premiers instants de l’aventure ». Des longues distances, elle en a déjà fait. « Je fais bien attention au repos, à mes jambes et à mon alimentation. 100 km avec un vent quasi absent je peux rouler 25 km/h, en groupe, 35 km/h et avec un vent de face, beaucoup moins. Quand il fait frais, c’est beaucoup plus facile ». Au moment d’écrire ces lignes, Marie-Sophie L’Heureux arrive dans le Bas-Saint-Laurent. Elle est sur le pont d’arriver à L’Islet ce 28 juillet. Elle va s’arrêter le lendemain à Saint-Alexandre-de-Kamouraska. Elle file ensuite vers le Bic, le 30 juillet. Elle prendra une journée de congé le 31 juillet.

Faire la route seule… mais pas tant
C’est important pour elle de dire les choses, d’être aux côtés de ces femmes que l’on prive de leurs voix. Ces voix qu’elle porte en elle. Et sa propre histoire aussi. Les gens sur la route vont la saluer, lui parler, l’encourager. « Le gros de l’aventure, je le fais effectivement seule. Mais depuis le début je me sens tout sauf seule. Parce que cette peur d’être seul(e) qu’ont beaucoup de personnes vivant des situations toxiques, violentes ou abrutissantes, c’est la peur que j’ai déjà eue, moi aussi. Difficile d’atteindre le jour du véritable « grand départ ». Un jour, il y en a pourtant un, un vrai. Et surtout, il y a un « après ». Un après qui nécessite courage, ténacité et persévérance… et de croire à nouveau en soi. Mais pour ça, il faut réussir à partir pour de bon », ajoute Mme L’Heureux.

Marie-Sophie L’Heureux aux côtés de Françoise David. « Je l’ai rencontrée à cette marche, le printemps passé, avec son super amoureux. Une femme intelligente, lumineuse, sensée, éprise d’égalité et de justice sociale, avec qui discuter est un vrai charme. C’est elle qui fait aujourd’hui passer la barre des 8500$ en dons individuels de Grand Départ au profit de SOS violence conjugale. Total atteint : 33 625$. Ça s’en vient, ça s’en vient! Merci, Françoise David. »

Deux de ses amies se sont jointes à elle au départ. Hier, un kinésiologue est venu l’encourager dans les côtes. Aujourd’hui, une nouvelle collègue fera quelques kilomètres avec elle jusqu’à Lévis. Des cyclistes amateurs peuvent se joindre à elle sur la route. Il suffit de reconnaître le jersey Une pour toutes qu’elle porte. « Cette campagne est importante sur le plan personnel, sportif et caritatif. S’il y a eu la révolution féministe dans les années soixante, il n’y a pas encore eu la révolution de l’intime. Ça peut arriver à n’importe qui. J’en suis un exemple. J’ai étudié, fait une belle carrière, mais ça ne m’aura pas mise à l’abri pour autant. On est plus de gens à le vivre qu’on ne veut se l’avouer », explique Mme L’Heureux.

Marie-Sophie L’Heureux est aux deux-tiers de son objectif de campagne GoFUndMe de 60 000$. « J’espérais avant hier d’ avoir atteint le 40 000$ ». C’est chose faite. « J’aimerais avoir 60 000$ d’ici le 7 août prochain. On va y arriver si d’autres décident de mettre l’épaule à la roue sur le plan individuel ou corporatif ». Sa campagne le Grand Départ, vise à ce que chaque personne ait les ressources nécessaires pour sonner le glas de son Grand Départ, sans y perdre sa vie, mais plutôt pour justement… retrouver, sa vie. « Vous pouvez vous-mêmes être des alliés. Les dons seront recueillis jusqu’au jour de l’arrivée prévue à Forillon, le 7 août prochain » souligne Mme L’Heureux. Les Brasseurs du Monde ont produit une bière à l’effigie de la campagne et remettra 25 cents à SOS Violence conjugale pour chacune des bières vendue. Et on fera un film de son projet. Elle qui était accompagnée au départ par un cinéaste. Il l’a quittée hier pour la retrouver à Matane, puis au Bic et enfin à Gaspé. Elle devrait arriver face à la mer… le 7 août. Elle aura parcouru 1 200 kilomètres, en 12 jours.

UnePourToutes (et #ToutesPourUne)