Baleine en danger à Montréal !

L’Estuaire du Saint-Laurent est un paradis pour les baleines, notamment les secteurs de Tadoussac, où elles reviennent chaque été se nourrir,  et de Cacouna, juste en face du côté sud, reconnu comme une pouponnière de bélugas.

Si cet environnement du Parc marin Saguenay-Saint-Laurent est parfait pour elles, comment expliquer que pour la seconde fois, une baleine ait décidé de monter jusqu’à Montréal, à près de 500 kilomètres de son habitat naturel, là où l’eau est douce et inappropriée. Les changements climatiques pourraient en partie expliquer le phénomène.

Robert Michaud

« Plusieurs espèces ont fait de déplacements de territoire, c’est le cas de la baleine noire dans le golfe du Saint-Laurent, qui étaient peu présentes avant 2015 et ont délaissé leurs aires d’alimentation traditionnelles notamment dans la baie de Fundy, mais leur nourriture n’a pas changé », explique Robert Michaud du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins (RQUMM).

Le petit Rorqual, une espèce qui n’est pas en danger et dont la taille peut atteindre 8 mètres, se nourrit de petit poisson : hareng, capelan, et ces espèces ne se retrouvent pas en masse à Montréal. « La nécropsie de la baleine à bosse qui s’est égarée à Montréal il y a deux ans n’a pas permis de déceler de restes de nourriture, ce qui laisse croire qu’elle avait peu ou pas mangé », poursuit M.  Michaud.

Important danger pour sa survie

Outre la nourriture, c’est aussi le fait que l’environnement montréalais, en eaux douces, plutôt que l’habitat naturel du rorqual, en eaux salées, qui est particulièrement préoccupant pour la santé de l’animal.

« Les échanges cellulaires de l’animal sont déséquilibrés et il y a aussi la présence massive en eaux douces d’algues, qui se fixent sur le dos des animaux. Ceux-ci ne sont équipés pour s’en défaire. La carcasse du rorqual à bosse décédé il y a 2 ans était recouverte d’une quantité impressionnante d’algues filamenteuses qui avaient créé des lésions dans sa peau, ce qui est propice aux infections massives. C’est d’ailleurs l’une des hypothèses de sa mort subite, en plus d’une possible collision. »

Actuellement, dans une eau douce, personne ne connait le laps de temps ou les infections peuvent commencer à se manifester chez l’animal, d’où l’importance d’observer et de documenter l’aventure du petit rorqual exilé.

Aucun déplacement ni autre intervention d’urgence n’est prévu pour venir en aide au petit rorqual qui se trouve toujours à Montréal, dans le chenal Le Moyne, entre l’île Sainte-Hélène et l’île Notre-Dame. « C’est un environnement hostile pour lui, mais il doit rebrousser chemin par lui-même ».

Selon M. Michaud, depuis 2005, c’est la dixième fois qu’on observe un petit rorqual en amont de Québec. La majorité des observations étaient des carcasses, mais deux fois auparavant on a vu des petits rorquals qui n’avaient pas été revus, on a présumé qu’ils avaient pris le chemin de l’aval.