La Banque du Canada augmente son taux directeur, qui passe à 2,50 %
Le bâtiment de la Banque du Canada, à Ottawa, photographié le mardi 28 avril 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Sean Kilpatrick La Banque du Canada relève mercredi son taux directeur pour la première fois depuis plus de trois ans, tout en avertissant que la hausse des coûts liée à la guerre au Moyen-Orient risque de se propager.
Le taux directeur de la banque centrale s’établit désormais à 2,5 % à la suite d’une hausse d’un quart de point.
Ce taux directeur, qui influence le coût du crédit pour les banques, les entreprises et les consommateurs, était resté stable pendant près d’un an après une série de baisses.
La Banque du Canada a passé une grande partie de l’année 2026 à observer si la hausse des prix mondiaux de l’énergie, attribuable à la guerre au Moyen-Orient, se répercuterait sur d’autres éléments du panier de consommation.
L’inflation a légèrement augmenté pour atteindre 3,1 % en septembre — encore une fois en raison des prix élevés de l’essence —, sans que l’on observe de signes indiquant que les pressions inflationnistes s’étendaient à l’ensemble de l’économie.
Cependant, le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, précise mercredi dans sa déclaration préliminaire que les prix mondiaux du pétrole se maintiennent à des niveaux élevés depuis longtemps et que les pressions sur les coûts s’intensifient. Les entreprises, qui ont jusqu’à présent absorbé les coûts liés au choc énergétique mondial, sont de plus en plus susceptibles d’en répercuter une part importante sur leurs clients.
M. Macklem indique que le Conseil de direction de la banque centrale est de plus en plus convaincu que les consommateurs pourraient bientôt ressentir les effets de cette situation au-delà des pompes à essence.
«Les perspectives d’inflation sont beaucoup plus élevées et l’économie se montre résiliente. Une hausse du taux directeur est donc nécessaire pour réduire le risque que les prix élevés de l’énergie se propagent et se transforment en inflation généralisée», ajoute-t-il.
La Banque du Canada prévoit désormais que l’inflation atteindra 3,5 % d’ici la fin de l’année. L’inflation devrait s’établir en moyenne à 3,0 % l’année prochaine — soit environ un point de pourcentage de plus que les prévisions publiées en juillet — avant de revenir à son objectif de 2,0 % vers le milieu de 2028.
La récente escalade des droits de douane entre le Canada et les États-Unis devrait faire reculer le produit intérieur brut réel à 0,8 % au quatrième trimestre, mais les responsables de la banque centrale estiment généralement que l’économie fait preuve d’une plus grande résilience que prévu initialement.
La Banque du Canada avertit que ses projections demeurent soumises à une incertitude considérable, notamment en ce qui concerne le conflit au Moyen-Orient et la politique commerciale américaine.
M. Macklem spécifie que la banque centrale prendra ses prochaines décisions «une à la fois», mais laisse également entendre que de futures hausses des taux d’intérêt sont toujours envisageables.
«Il pourrait être nécessaire d’augmenter encore le taux directeur, mais étant donné les incertitudes actuelles, nous allons procéder avec prudence», conclut-il.
Une inflation partagée
Andrew Grantham, économiste principal à la Banque CIBC, explique mercredi dans une note adressée à ses clients qu’il s’attend à ce que la Banque du Canada fasse une pause lors de sa dernière décision sur les taux de l’année, le 9 décembre, avant d’effectuer une nouvelle hausse d’un quart de point en janvier.
Il ajoute que la CIBC ne s’attend pas à ce que les mesures d’inflation sous-jacente privilégiées par la Banque du Canada s’accélèrent autant que la banque centrale le craint.
La Banque du Canada a effectivement envisagé de maintenir son taux directeur inchangé lors de cette réunion, indique le gouverneur Tiff Macklem, car la hausse de l’inflation s’est concentrée presque exclusivement sur l’énergie.
La banque centrale observe également une hausse des prix de certains intrants industriels et de l’équipement technique nécessaire au développement de systèmes d’intelligence artificielle.
Les droits de douane et la faiblesse passée du dollar canadien font également grimper les coûts d’importation, note la Banque du Canada dans ses perspectives.
La banque centrale s’attend aussi à une hausse de l’inflation alimentaire l’année prochaine, à mesure que la hausse des prix de l’énergie se répercutera sur la chaîne d’approvisionnement. Elle prévoit que l’inflation alimentaire s’établira en moyenne à environ 4,0 % en 2027, soit une hausse d’environ un demi-point de pourcentage par rapport à cette année.
L’augmentation des prix mondiaux de l’énergie constitue un léger avantage pour l’économie canadienne. La hausse des prix du pétrole, combinée à une politique budgétaire favorable, devrait stimuler les investissements des entreprises et soutenir la croissance au cours des prochaines années.
La Banque du Canada anticipe désormais une croissance du PIB réel de 2,0 % en 2027 et 2028, comparativement à 1,0 % en 2026.
Les perspectives de la banque centrale sont plus modérées en ce qui concerne le marché immobilier. Les contraintes liées à l’abordabilité, le ralentissement de la croissance démographique et la hausse des coûts d’emprunt — alimentée en partie par la hausse des taux de la Banque du Canada elle-même — devraient tous peser sur l’achat de propriétés et la construction au cours des prochaines années.