Le taux de chômage s’est maintenu à 6,4 % au pays et à 5,6 % au Québec en août

La Presse Canadienne | 4 septembre 2026 | 09:38
Un soudeur au travail dans une usine de fabrication d’acier à Hamilton, en Ontario, le mercredi 16 juillet 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Chris Young

Les économistes n’ont pas tiré la sonnette d’alarme après la publication de nouvelles données indiquant que le marché du travail avait mis fin à sa série de bons résultats avec une perte de 42 000 emplois en août.

Le taux de chômage est resté stable à 6,4 % le mois dernier, a indiqué Statistique Canada vendredi.

Au Québec, l’emploi a reculé de 19 000 en août, après avoir peu varié en juillet. La baisse de l’emploi s’est concentrée dans la région de Montréal, où il s’est perdu 21 000 postes.

En août, le Québec est la seule province qui a affiché une baisse sur 12 mois de l’emploi. Malgré tout, le taux de chômage s’est maintenu à 5,6 % dans la province et à 6,3 % à Montréal.

Au niveau national, les pertes enregistrées en août sont allées à l’encontre des prévisions des économistes, qui s’attendaient à une création de 15 000 emplois.

Jusqu’au mois dernier, les employeurs avaient augmenté leurs effectifs à un rythme soutenu. L’économie a créé 181 000 emplois entre avril et juillet, dont 75 000 pour le seul mois de juillet.

La plupart des économistes qui se sont exprimés vendredi ne se sont pas montrés inquiets de voir le marché du travail céder une partie de ses gains récents.

Andrew Hencic, économiste à la Banque TD, a indiqué vendredi dans une note adressée à ses clients qu’un mois de données mitigées ne devait pas être pris comme référence pour évaluer le marché du travail. 

Selon lui, la stabilité du taux de chômage est plus importante que les pertes d’emplois globales.

«Bien que décevant, compte tenu du caractère bruyant des données, un recul n’est pas une grande surprise après une série de rapports très positifs», a expliqué M. Hencic.

Claire Fan, économiste chez RBC, a avancé dans une note que la hausse des taux de départ à la retraite due au vieillissement de la population et le ralentissement du rythme de l’immigration sont les facteurs à l’origine d’une «croissance de l’emploi morose». 

Elle a également souligné que le taux de chômage constituait un indicateur plus fiable de la santé du marché du travail.

Des secteurs plus touchés que d’autres

Le secteur public a supprimé 20 000 postes en août, enregistrant ainsi son troisième mois consécutif de pertes, selon Statistique Canada. Le secteur des services aux entreprises, des services immobiliers et des autres services de soutien a été le plus touché, suivi par l’administration publique, les ressources naturelles et les services publics.

L’industrie manufacturière a été durement touchée par les droits de douane américains, mais le secteur s’est révélé être un pôle de résistance inattendu en août, avec une création de 22 000 emplois.

Les États-Unis ont imposé, le 22 août, une nouvelle vague de droits de douane de 50 % visant environ 28 milliards $ de marchandises canadiennes. Le Canada devrait imposer ses propres droits de douane de rétorsion à compter du 8 septembre.

Andrew Grantham, économiste à la CIBC, a souligné lors d’une entrevue que les chiffres de l’emploi du mois d’août ne refléteront pas nécessairement l’impact de ce choc tarifaire, car ils s’appuient sur des enquêtes menées en milieu de mois.

M. Grantham a noté qu’une augmentation du nombre d’heures travaillées en août pourrait s’expliquer par la course des entreprises pour faire passer leurs produits à la frontière avant l’entrée en vigueur des nouveaux droits de douane. Cette hausse pourrait s’inverser dès septembre.

Le taux de mise à pied – qui désigne la proportion de personnes qui sont devenues chômeuses en raison d’une mise à pied de juillet à août – s’élevait à 0,8 % en août. Ce taux atteignait 1 % un an plus tôt et s’établissait en moyenne à 0,9 % pour les mêmes mois au cours des trois années précédant la pandémie de COVID-19.

Au cours de la période de 12 mois se terminant en août, le taux de mise à pied a été légèrement plus élevé dans les industries dépendantes de la demande des États-Unis pour les exportations canadiennes que dans les autres secteurs.

En août, le salaire horaire moyen des employés a augmenté de 2,0 % par rapport à un an plus tôt, soit la croissance la plus faible depuis novembre 2017. Il avait progressé de 2,8 % en juillet.

M. Grantham a toutefois précisé que les chiffres relatifs aux salaires issus de l’enquête mensuelle sur la population active peuvent être particulièrement volatils, mais qu’il semble bel et bien y avoir un ralentissement du rythme des hausses salariales.

Des signes de ralentissement

La Banque du Canada a maintenu son taux directeur inchangé à 2,25 % en début de semaine.

La banque centrale a indiqué à cette occasion que les nouveaux droits de douane américains assombrissaient les perspectives économiques. 

Le gouverneur Tiff Macklem a avancé que l’économie montrait des signes de reprise à l’approche d’une nouvelle escalade de la guerre commerciale, ce qui place le Canada dans une position plus solide pour faire face à ces nouveaux droits de douane.

Dans le même temps, il a indiqué que la banque centrale s’inquiétait des risques persistants pesant sur l’inflation, liés au conflit en cours en Iran.

M. Grantham a indiqué que les faibles chiffres de l’emploi du mois d’août confirmaient que la croissance devrait ralentir au troisième trimestre, venant s’ajouter à des données tout aussi mitigées concernant les exportations et le produit intérieur brut.

«Il est encore bien trop tôt pour tirer la sonnette d’alarme, mais cela semble correspondre à cette tendance au ralentissement que nous avons observée dans certains autres rapports», a-t-il affirmé.

Ces signes de ralentissement économique confortent la CIBC dans sa prévision selon laquelle la Banque du Canada devrait maintenir ses taux inchangés jusqu’à la fin de l’année.

M. Grantham a indiqué que si les prix mondiaux de l’énergie commençaient également à baisser, cela freinerait suffisamment l’inflation pour que la banque centrale reste en retrait jusqu’au milieu de l’année 2027.

Selon LSEG Data & Analytics, les probabilités estimées par les marchés financiers d’une hausse des taux d’un quart de point lors de la prochaine réunion de la Banque du Canada, le 28 octobre, s’élevaient à plus de 25 % vendredi à midi — un chiffre toujours faible, mais en forte hausse par rapport au début de la semaine.

Le rapport d’août de Statistique Canada marque également la fin du marché de l’emploi d’été pour les jeunes.

Chez les travailleurs âgés de 15 à 24 ans, 19 000 emplois ont été perdus en août. Malgré une fin de saison difficile, le marché du travail estival a été plus favorable statistiquement que l’an dernier pour les jeunes.

En moyenne, le taux de chômage des étudiants reprenant leurs études à l’automne s’est établi à 15,9 % entre mai et août de cette année, soit deux points de pourcentage de moins qu’à la même période en 2025.