Malgré la colère de Donald Trump, les Canadiens font preuve d’unité

La Presse Canadienne | 23 août 2026 | 09:58
Des camions de transport traversent le pont Ambassador pour se rendre aux États-Unis, depuis Windsor, en Ontario, le samedi 22 août 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Dax Melmer

Réagissant au cours de la nuit à l’échec des négociations commerciales avec le Canada, le président américain Donald Trump a reproché à son voisin du nord de vouloir profiter des avantages d’être un État américain, «sans en être un».

Son message laissait aussi entendre que le Canada imposait depuis trop longtemps aux agriculteurs américains «des droits de douane exorbitants». Il a conclu sa déclaration sur son réseau social Truth Social en écrivant: «Ça suffit!!! Président DJT».

Mais malgré la colère du locataire de la Maison-Blanche, la décision du premier ministre Mark Carney de suspendre les négociations commerciales avec les États-Unis bénéficie du soutien de l’ensemble des Canadiens.

À Montréal et à Vancouver, des partisans sportifs dans les gradins ont hué samedi  l’hymne national américain au début des matchs de la Major League Soccer (MLS).

Le discours en faveur de l’achat de produits canadiens s’est également intensifié. Le premier ministre de l’Île-du-Prince-Édouard, Rob Lantz, a apporté son soutien à Mark Carney dans un communiqué publié dimanche, et a demandé à la population de faire sa part. 

«Lorsque vous en avez la possibilité, achetez local et achetez canadien, a-t-il dit dans ce communiqué. Chaque dollar dépensé pour un produit de l’Île ou canadien soutient le travailleur qui l’a fabriqué, l’agriculteur qui l’a cultivé, le pêcheur qui l’a pêché, le producteur qui l’a transformé et l’entreprise qui l’a mis en rayon. L’endroit où nous dépensons notre argent durement gagné a son importance. Ces choix s’additionnent.»

Dans le monde des affaires, l’Association canadienne des producteurs d’acier (ACPA) souligne dans un communiqué que le Canada et les États-Unis ont bénéficié d’un commerce pleinement intégré pendant plus de 30 ans, mais que «pas d’accord, vaux mieux qu’un mauvais accord».

À Brampton, en Ontario, le maire Patrick Brown a fait écho à ces propos, soulignant que plus de 3000 personnes sont toujours sans emploi en raison de la fermeture de l’usine d’assemblage de Stellantis, qui devait être rééquipée pour la production de véhicules Jeep avant que l’entreprise ne suspende ce projet au début de 2025. Ensuite, elle a  annoncé le déménagement de la production de la Jeep Compass de Brampton aux États-Unis.

Le maire Brown s’est dit satisfait que les négociateurs commerciaux canadiens aient été fermes.

«Le premier ministre [Mark] Carney et le ministre [Dominic] LeBlanc ont refusé un mauvais accord plutôt que d’en signer un qui aurait laissé notre secteur automobile sans protection, et Brampton sait mieux que quiconque ce qui est en jeu si nous nous trompons», a déclaré M. Brown par voie de communiqué.

Toutefois, la riposte équivalente promise par le premier ministre Mark Carney aux nouveaux droits de douane de 50 % imposés depuis samedi par les États-Unis sur une multitude de produits canadiens ne recueille pas que des appuis.

La première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, a rappelé que ces mesures de rétorsion pourraient signifier que les agriculteurs canadiens devraient payer 50% de plus pour le matériel dont ils ont besoin pour nos produits alimentaires. Elle a toutefois salué l’intention du gouvernement fédéral d’apporter une aide aux entreprises touchées.

Mais la décision de M. Carney de rompre les négociations n’a pas été contestée par un seul premier ministre. 

Le député conservateur de l’Ontario, Jamil Jivani, ami de longue date du vice-président américain JD Vance, s’est exprimé sur les réseaux sociaux pour qualifier cet événement de «moment solennel pour des centaines de milliers» de familles canadiennes.

Dans un enregistrement audio réalisé mercredi lors d’une collecte de fonds à Southampton, dans l’État de New York, et transmis à La Presse canadienne par une source ayant assisté à cette réception privée, M. Vance avait salué M. Jivani pour le rôle actif qu’il a joué dans les récentes négociations commerciales.

En réponse, l’ancien premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, a critiqué M. Jivani pour ne pas avoir soulevé «les attaques constantes et non provoquées de Trump contre notre économie et notre souveraineté».

«Mais nous ne capitulons pas lâchement face à ces agressions économiques et politiques incessantes», a expliqué M. Kenney sur les réseaux sociaux.

Au Québec, la première ministre Christine Fréchette a annoncé la mise en place de deux nouveaux programmes destinés aux entreprises de la province afin de leur venir en aide. Elle a aussi discuté de la situation avec tous les autres chefs des partis représentés à l’Assemblée nationale.

Toujours plus exigeants

La rebuffade canadienne a fait sourire certains responsables américains.

Sur les ondes de Fox News, le secrétaire américain aux Transports, Sean Duffy, a dit du Canada que c’était «un pays qui n’avait même pas d’armée» et qui ne faisait que profiter des États-Unis.

«Penser qu’il veut faire la guerre à Donald Trump et vaincre les États-Unis, c’est vraiment stupide de sa part», a-t-il lancé.

Depuis samedi, les États-Unis imposent de nouveaux droits de douane de 50% sur leurs importations canadiennes, ce qui représente plusieurs milliards de dollars. Le premier ministre canadien, Mark Carney, a réagi en indiquant que des droits de douane de rétorsion frapperaient les États-Unis à partir du mois prochain, après que le Canada s’est retiré de ce qu’il a qualifié de «mauvais accord».

Les contre-mesures tarifaires du Canada viseront des secteurs tels que l’acier, les produits laitiers, l’électroménager, le matériel agricole, celui des pâtes et papiers, ainsi que de l’électronique. M. Carney a indiqué que davantage de détails sur ces mesures de rétorsion, ainsi que sur les aides destinées aux secteurs touchés, seraient annoncés dans les prochains jours.

Le cabinet du premier ministre a indiqué que M. Carney annoncerait lundi, aux côtés de la première ministre du Québec, Christine Fréchette, de nouveaux investissements «visant à défendre nos eaux et à renforcer nos voies commerciales».

Le premier ministre canadien Mark Carney a indiqué que les États-Unis avaient, «à la dernière minute», pris des mesures visant à restreindre la capacité du Canada à conclure d’autres accords commerciaux, ce qu’il a qualifié d’inacceptable, en faisant un enjeu de souveraineté.

Il a aussi indiqué que les États-Unis voulaient également restreindre le soutien public à la culture et la protection de la langue française. «Les menaces contre la langue française, la culture québécoise et la culture canadienne. Ce n’est pas acceptable, jamais acceptable», a renchéri le premier ministre.

Les nouveaux droits de douane américains visent pour 28 milliards $ de produits canadiens, allant des bâtons de hockey au miel, aux huiles essentielles et aux produits laitiers.