Doutes sur le bien fondé des droits de douane de Trump sur le travail forcé
Le président américain Donald Trump prend la parole lors d'un événement organisé pour annoncer de nouveaux droits de douane à la Maison-Blanche, le 2 avril 2025, à Washington. Photo AP/Mark Schiefelbein L’administration Trump affirme imposer au Canada et à des dizaines d’autres pays des droits de douane à deux chiffres parce qu’ils ne font pas assez pour lutter contre le travail forcé — mais tout le monde n’en est pas convaincu.
Le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, a annoncé jeudi ces nouveaux droits de douane, quelques heures seulement avant l’expiration d’une autre mesure tarifaire provisoire.
De nombreux observateurs estiment que les enquêtes commerciales sur le travail forcé menées à la hâte ne sont qu’un prétexte permettant au président américain Donald Trump de reformer son mur tarifaire autour des États-Unis.
Le Canada est mis dans le même panier que des pays comme le Bangladesh, le Cambodge et le Sri Lanka, qui sont frappés de droits de douane de 10%, tandis que d’autres pays sont soumis à une taxe de 12,5%.
Scott Lincicome, du Cato Institute, a soutenu que si que le travail forcé devait être éradiqué, la justification avancée par l’administration Trump n’était qu’une «supercherie».
Dans une analyse publiée jeudi, M. Lincicome a écrit que les conclusions des enquêtes commerciales étaient clairement prédéterminées et que la «mesure corrective est à la fois ridiculement brutale et totalement disproportionnée».
L’administration Trump a lancé des enquêtes commerciales plus tôt cette année en vertu de l’article 301 de la loi sur le commerce de 1974, après que la Cour suprême des États-Unis a invalidé en février l’instrument tarifaire utilisé par M. Trump pour son soi-disant «jour de la libération» et les droits de douane liés au fentanyl.
Pour remplacer temporairement ces droits de douane, M. Trump a invoqué l’article 122 de la loi de 1974 afin d’imposer un droit global de 10 %. Cette disposition devait expirer vendredi, au moment même où les nouveaux droits de douane s’appuyant sur l’article 301 entraient en vigueur.
«Les Américains ont besoin de la menace des droits de douane pour contraindre les autres pays à accepter les nouvelles exigences commerciales américaines», a fait valoir Carlo Dade, directeur de la politique internationale et de l’initiative «New North America» à l’École de politique publique de l’université de Calgary.
M. Dade a affirmé que les droits de douane au titre de l’article 301 constituent un moyen d’amener les pays à accepter des droits de douane plus élevés à l’avenir.
Plusieurs des pays visés — l’Inde, le Royaume-Uni et le Cambodge, pour n’en citer que trois — ont déjà conclu des accords commerciaux réciproques avec l’administration Trump. Ces nouveaux droits de douane visent probablement à faire pression sur ces pays pour qu’ils respectent ces accords ou — dans le cas de pays comme le Canada — qu’ils en signent de nouveaux avec les États-Unis.
Le Canada disposait déjà d’une législation visant à lutter contre le travail forcé dans les chaînes d’approvisionnement, qui impose la remise de rapports annuels au gouvernement fédéral. Le gouvernement fédéral a déposé le mois dernier un projet de loi, le C-35, visant à renforcer l’application de cette législation.
Jamie Tronnes, du Centre pour la prospérité et la sécurité en Amérique du Nord, un projet de l’Institut Macdonald-Laurier, a déclaré que l’administration Trump cherchait à se donner un moyen de pression dans les négociations commerciales avec le Canada grâce à ces droits de douane liés au travail forcé.
Ces nouveaux droits de douane ne s’appliquent pas aux marchandises conformes à l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACÉUM). Mme Tronnes estime que le message de Washington était clair: «Cela montre au Canada que si l’ACÉUM venait à disparaître complètement, le pays devrait s’attendre, dans le meilleur des cas, à des droits de douane de 10%.»
«Même si nous ne savons pas quelles sont les propositions tarifaires en coulisses, l’idée pourrait être de pousser le Canada à accepter un droit de douane américain sur les marchandises en échange d’un taux inférieur à 10%», a-t-elle expliqué dans un courriel.