L’inflation a atteint 3,2 % en mai au pays, selon Statistique Canada
Une personne fait le plein de sa voiture à une station-service de Montréal, le jeudi 5 mars 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Christopher Katsarov L’inflation a atteint en mai son plus haut niveau depuis plus de deux ans, les pressions sur les prix liées à la guerre en Iran commençant à se faire sentir au-delà des stations-service.
La plupart des économistes qui se sont exprimés lundi n’ont toutefois pas vu de raison de paniquer face aux dernières données de Statistique Canada sur les prix à la consommation, les cours du pétrole étant déjà en recul et la Banque du Canada ne semblant pas prête à intervenir de sitôt.
Statistique Canada a annoncé lundi que l’inflation a bondi à 3,2 % en mai à l’échelle nationale, en hausse par rapport à 2,8 % en avril, atteignant ainsi son plus haut niveau depuis décembre 2023.
Au Québec, l’inflation s’est établie à 3,6 % en mai, en hausse par rapport à 3,0 % en avril.
Les prix de l’essence ont augmenté de 33,2 % d’une année à l’autre le mois dernier, alors que le conflit au Moyen-Orient continuait de bloquer le passage des pétroliers dans le détroit d’Ormuz.
Selon Statistique Canada, en mai, les prix de l’essence ont atteint un sommet inégalé depuis juin 2022, lorsque l’invasion de l’Ukraine par la Russie avait entraîné une incertitude quant à l’approvisionnement.
Les prix à la pompe ont baissé ces dernières semaines, à mesure que les pourparlers de paix entre les États-Unis et l’Iran progressaient.
Doug Porter, économiste en chef chez BMO, a indiqué lundi dans une note adressée à ses clients que le mois de juin devrait connaître une baisse de 10 % des prix de l’essence, «ce qui devrait peser sur le résultat global du mois prochain».
La hausse des prix du kérosène – également attribuable à la guerre en Iran, mais non prise en compte dans les données d’inflation d’avril de l’agence fédérale – s’est manifestée en mai, alors que les prix du transport aérien ont augmenté de 7,4 % par rapport au même mois l’an dernier.
Andrew Grantham, économiste principal à la CIBC, a souligné lors d’une entrevue que le prix des billets d’avion est pris en compte dans le calcul de l’inflation au moment où le vol est effectué, et non lors de l’achat des billets.
«Les personnes qui ont réservé leurs vacances d’été il y a quelques mois et qui ont dû payer ces prix plus élevés, majorés des surcoûts liés au kérosène, n’ont pas encore été prises en compte dans les chiffres de l’inflation», a précisé M. Grantham.
Il s’attend à ce que le transport aérien et les voyages organisés constituent un segment sensible du panier de consommation au cours des prochains mois, mais que cette tendance devrait s’atténuer à l’automne.
Hausse des prix des denrées alimentaires
L’inflation s’est aussi accélérée dans le secteur alimentaire, gagnant un demi-point de pourcentage pour atteindre 4,3 %. L’inflation des produits alimentaires dépasse l’inflation globale depuis 16 mois consécutifs.
Statistique Canada a attribué la hausse des prix des aliments observée en mai aux fruits et légumes, dont les prix ont augmenté de 5,5 % – la plus forte hausse mensuelle enregistrée en mai depuis 2008 – en raison d’une offre réduite et de la hausse des coûts liés au transport.
Les prix des tomates ont notamment bondi de 45,2 %, ce que Statistique Canada a attribué à des conditions de culture difficiles au Mexique. Les droits de douane américains ont également conduit les producteurs mexicains à réduire leurs surfaces cultivées, ce qui a contribué aux contraintes d’approvisionnement.
M. Grantham a indiqué que la fermeture du détroit d’Ormuz avait également fait grimper les prix des engrais, ce qui aurait pu se répercuter sur les prix des denrées alimentaires en mai.
Ce facteur, combiné à la hausse des prix des carburants, pourrait freiner en partie le ralentissement de l’inflation des produits alimentaires observé au début de l’année 2026, a-t-il ajouté.
M. Porter a expliqué que le résultat de l’inflation globale en mai «fait quelque peu mal», l’inflation alimentaire tenace s’avérant être «une épine dans le pied». Si les récentes baisses des prix du pétrole se maintiennent, il a toutefois ajouté que cela devrait apporter un certain soulagement aux consommateurs dans les mois à venir.
Les prix des ordinateurs, des logiciels et des fournitures informatiques ont quant à eux augmenté de 3,9 % en mai. L’augmentation de la demande des centres de données associés à l’intelligence artificielle a contribué à la hausse des prix, tout comme la capacité de production limitée.
Ces hausses de prix en mai ont été contrebalancées par la baisse continue de l’inflation dans le secteur du logement, qui s’est légèrement affaiblie pour s’établir à 1,7 %. La hausse des prix s’est également atténuée pour les véhicules automobiles, les outils et les autres articles ménagers.
Les données sur l’inflation en mai seront les dernières sur les prix que la Banque du Canada pourra prendre en compte durant son analyse en vue de sa prochaine décision sur les taux d’intérêt, le 15 juillet.
Bradley Saunders, économiste pour l’Amérique du Nord chez Capital Economics, a mentionné dans une note qu’il s’attendait à ce que la hausse des prix des carburants et des denrées alimentaires, qui avait alimenté l’inflation le mois dernier, soit temporaire.
Pas d’inquiétudes pour la Banque du Canada
Les mesures de l’inflation sous-jacente privilégiées par la Banque du Canada ont peu évolué en mai. Les économistes les surveillent de près pour déterminer si le choc énergétique se propage bien au-delà des pompes à essence.
«Le pire de la flambée des prix du pétrole semblant désormais derrière nous, la Banque du Canada espère que des répercussions importantes de deuxième ordre ont pu être évitées», a précisé M. Saunders.
M. Grantham a indiqué que les chiffres de l’inflation sous-jacente pourraient s’accélérer légèrement à l’approche de l’été, principalement en raison des secteurs du transport aérien et des voyages touristiques.
En dehors de cela, il ne voit guère de motif d’inquiétude pour la Banque du Canada, qui observait une tendance au ralentissement de l’inflation sous-jacente avant le début du conflit au Moyen-Orient en début d’année.
«Cela laisse une grande marge de manœuvre à la Banque du Canada: elle peut constater une légère accélération des mesures de l’inflation sous-jacente sans pour autant devoir réagir», a-t-il mentionné.
«Nous ne prévoyons aucun changement de la part de la Banque du Canada, ni lors de la prochaine réunion, ni d’ici la fin de l’année 2026», a-t-il fait savoir.