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Fréchette ignorait la hausse prévue d’une taxe sur les produits d’assurance
La première ministre Christine Fréchette à la période des questions du 26 mai 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot La première ministre Christine Fréchette a dû reconnaître mercredi qu’elle ignorait que son gouvernement allait hausser la taxe sur les produits d’assurance à compter du 1er janvier.
Lors de l’étude des crédits du conseil exécutif, Mme Fréchette a répondu au chef parlementaire libéral André Fortin qu’elle n’était «pas au fait» de cette mesure.
M. Fortin lui faisait remarquer que d’une main, son gouvernement éliminait, par exemple, la TVQ sur certains aliments, mais que de l’autre, il augmentait la taxe sur les assurances.
«Est-ce qu’elle le savait?» a-t-il demandé à son interlocutrice.
«Ce n’était pas dans mon territoire à moi au moment où ça a été annoncé. J’étais à l’Économie, à l’Innovation et à l’Énergie, donc je n’étais pas nécessairement au fait du détail de cette augmentation-là», s’est défendue Mme Fréchette.
«Là, vous arrivez avec des mesures pour dire: « On va en redonner aux Québécois », mais le 1er janvier, vous (allez) repiger dans la poche des Québécois, après l’élection comme par hasard», lui a lancé M. Fortin.
Depuis son arrivée à la tête du gouvernement en avril, Mme Fréchette répète que sa priorité est d’aider les Québécois à faire face à la hausse du coût de la vie.
Mercredi, elle a toutefois fait savoir qu’elle n’avait pas l’intention de revenir sur des décisions «antérieures», puisqu’elle agissait «sur le futur».
«Le futur, c’est que le 1er janvier, les gens vont recevoir cette facture-là. (…) Les assurances vont coûter plus cher. Vous ne pouvez pas me dire le contraire aujourd’hui», a rétorqué l’élu libéral de Pontiac.
L’augmentation de la taxe sur les produits d’assurance, «c’est une harmonisation avec le fédéral», a plus tard expliqué la première ministre en mêlée de presse.
«Ça a été adopté au budget il y a 15 mois. (…) Moi, j’étais concentrée davantage sur l’Économie, l’Énergie, l’Innovation, alors voilà», a-t-elle répété.
La détaxation de produits d’épicerie représente pour une famille une économie moyenne de 50 $ par année, alors que la hausse de la taxe sur les assurances lui coûtera 39 $, selon les données du gouvernement.
Au cours des dernières semaines, Mme Fréchette a aussi annoncé une baisse de 50 $ du coût de l’immatriculation, en plus d’une réduction de la taxe de bienvenue pour les premiers acheteurs.
«On va continuer à aider le portefeuille des Québécois», a-t-elle assuré, mercredi.
Dans un autre échange avec M. Fortin, Christine Fréchette a été contrainte d’admettre qu’elle ignorait le montant de la dette.
Lorsque l’élu libéral l’a informée qu’elle était passée de 184 milliards $ en 2018 à 259 milliards $ aujourd’hui, la première ministre a plaidé que le poids de la dette, lui, avait diminué.
«Le montant (de la dette) a augmenté, mais le PIB aussi, a-t-elle souligné. Il faut toujours regarder la dette dans son contexte.»
Churchill Falls
La première ministre s’est aussi fait questionner sur l’épineux dossier de Churchill Falls lors de l’étude des crédits.
La semaine dernière, un rapport du groupe d’experts nommé par le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador a estimé que le projet d’accord énergétique avec Hydro-Québec ne servait pas les intérêts de la province.
À ce moment, le premier ministre terre-neuvien, Tony Wakeham, a dit qu’il souhaitait voir le gouvernement fédéral à la négociation. Or, il n’en est pas question pour Christine Fréchette.
«J’ai indiqué au fédéral qu’on ne voulait pas qu’il soit à la table de négociation», a-t-elle affirmé mercredi après avoir été talonnée par le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon.
Christine Fréchette a assuré que le fédéral avait accepté sa demande.
La première ministre s’est ensuite fait demander par André Fortin s’il y avait des demandes présentes dans le rapport qui étaient pour elle non négociables.
«Je vous dirais que de servir le marché américain sans passer par le réseau québécois, ça pour moi, c’est une fin de non-recevoir», a-t-elle affirmé.
En entrevue avec La Presse Canadienne à Paris la semaine dernière, Mme Fréchette s’est dite prête à mettre de l’eau dans son vin lors des négociations avec Terre-Neuve-et-Labrador, mais que ses potentielles concessions ne seront pas gratuites.
En décembre 2024, le prédécesseur de Christine Fréchette, François Legault, a signé un protocole d’entente avec la province voisine pour régler cette vieille pomme de discorde. Mais depuis l’élection d’un nouveau gouvernement conservateur à Terre-Neuve-et-Labrador en octobre 2025, l’accord est remis en question.
Actuellement, Hydro-Québec obtient la majeure partie de l’électricité à des prix défiant toute concurrence en vertu d’un contrat signé en 1969 qui est depuis longtemps une source d’amertume à Terre-Neuve-et-Labrador.
En vertu du projet d’entente sur la table, dans un premier temps, Hydro-Québec augmenterait graduellement la redevance pour qu’elle atteigne 6 cents le kWh, soit 30 fois plus que le prix actuel.
Dans un deuxième temps, il y aurait un chantier pour augmenter la puissance de la centrale de Churchill Falls, mais aussi pour une deuxième centrale à proximité, ainsi qu’une centrale en aval du fleuve Churchill à Gull Island, des projets évalués à plusieurs milliards de dollars.
Le Québec aurait ainsi accès à 7200 MW additionnels pour combler ses besoins, notamment pour décarboner son économie conformément aux accords internationaux de réduction des gaz à effet de serre (GES).
– Avec les informations de Sarah Smellie et Patrice Bergeron