Jeremy Hansen et ses coéquipiers d’Artemis II sont de retour sur Terre

La Presse Canadienne | 10 avril 2026 | 20:37
Cette image tirée d'une vidéo fournie par la NASA montre l'équipage d'Artemis II le jeudi 2 avril 2026. De gauche à droite: Jeremy Hansen, Reid Wiseman, Christina Koch et Victor Glover. (NASA via l'AP)

L’astronaute canadien Jeremy Hansen et ses trois coéquipiers américains sont de retour sur Terre au terme de leur mission historique autour de la Lune.

La tension se faisait ressentir dans les locaux de l’Agence spatiale canadienne, à Longueuil, quelques minutes avant l’arrivée sur Terre, alors que des images de la NASA étaient diffusées en direct.

L’équipage d’Artemis II a amerri vendredi à 20 h 07, heure de l’Est, dans l’océan Pacifique, au large de San Diego, en Californie.

Les astronautes devaient être examinés à bord de l’USS John P. Murtha, avant de prendre l’avion en direction du Centre spatial Johnson, à Houston.

Des données seront notamment collectées à Houston pour les expériences scientifiques afin de comprendre comment le corps humain a réagi au séjour loin de la gravité.

La capsule spatiale est rentrée dans l’atmosphère à 19 h 53, entraînant une interruption prévue des communications de six minutes.

Des applaudissements se sont fait entendre à l’Agence spatiale canadienne lors de la première communication après ce moment de silence, où tout le monde retenait son souffle.

Le commandant Reid Wiseman, le pilote Victor Glover, Christina Koch et Jeremy Hansen ont pénétré dans l’atmosphère à une vitesse de Mach 33 — soit 33 fois la vitesse du son — ce qui n’a plus été observé depuis les vols lunaires Apollo de la NASA des années 1960 et 1970.

L’opération n’a pas été sans inquiétude du côté du centre de contrôle de la mission, à Houston.

En effet, tous les regards étaient rivés sur le bouclier thermique de la capsule, qui doit résister à des températures de plusieurs milliers de degrés lors de la rentrée dans l’atmosphère.

Lors du seul autre vol d’essai du vaisseau spatial, qui avait été réalisé en 2022, sans personne à bord, l’extérieur du bouclier était revenu plus endommagé que prévu.

«Il y avait dans les rapports des choses qu’il fallait corriger», a expliqué en entrevue Kumudu Jinadasa, ingénieure principale à l’Agence spatiale canadienne.

«Une des choses, c’était la trajectoire et l’angle où la capsule va rentrer dans l’atmosphère terrestre et tout ça a été modifié pour le vol avec l’équipage», a-t-elle ajouté.

En début de semaine, les quatre astronautes ont contourné la Lune lors d’un survol lunaire de six heures. Ce faisant, ils se sont rendus plus loin dans l’espace que quiconque auparavant.

Leur retour marque la fin d’une mission de 10 jours au cours de laquelle des humains ont pu observer la Lune de près pour la première fois depuis les vols du programme Apollo.

Au cours de ce survol record, ils ont filmé des images de la face cachée de la Lune jamais vues auparavant à l’œil nu et ont pu admirer une éclipse solaire totale offerte par le cosmos grâce à la date de leur lancement. 

Une mission à saveur canadienne

La mission était également marquante pour le Canada, puisque Jeremy Hansen est devenu le premier non-Américain à voyager au-delà de l’orbite terrestre basse.

L’Ontarien de 50 ans a d’ailleurs fréquemment souligné lors de communications entre l’espace et la Terre qu’il était fier de son pays qui «a fait le travail de créer cette opportunité d’être ici dans l’espace lointain».

La Canadienne Jenni Gibbons a également eu un rôle clé lors de la mission, puisqu’elle a assuré la liaison vocale entre la Terre et l’espace en guidant les astronautes.

Celle qui était aussi astronaute de réserve pour M. Hansen a indiqué dans un message vidéo diffusé juste avant l’amerrissage que cette mission avait été «le plus grand honneur de (sa) carrière».

Avant leur départ dans l’espace, les astronautes ont par ailleurs pu bénéficier des enseignements d’un professeur de l’Université Western Ontario.

Ils ont notamment eu l’occasion de s’entraîner avec le cratère d’impact situé à Sudbury, en Ontario, qui est l’un des plus anciens formés sur Terre.

«C’est vraiment représentatif de la géologie de la face cachée et du pôle sud de la Lune», a souligné Caroline-Emmanuelle Morisset, scientifique principale Sciences lunaire et planétaire.

Selon elle, cela démontre que le Canada est le lieu pour le bon entraînement des astronautes pour la géologie, ce qu’elle considère comme une «fierté».

Et il ne s’agit pas de la dernière contribution canadienne à Artemis, qui inaugure une nouvelle ère d’exploration spatiale. 

La mission Artemis III de l’année prochaine verra les astronautes s’entraîner à arrimer leur capsule à un ou deux atterrisseurs lunaires en orbite autour de la Terre. 

Artemis IV tentera de faire alunir un équipage de deux personnes près du pôle Sud de la Lune en 2028.

«On a un Canadien qui fait partie de l’équipe scientifique qui est en train de planifier toutes les traverses que les astronautes vont faire, toutes les observations, définir tous les objectifs», a précisé Mme Morisset.

L’Agence spatiale canadienne travaille par ailleurs sur des études de concept pour une astromobile utilitaire qui irait à la surface de la Lune. Elle travaille en collaboration avec la NASA afin de l’intégrer dans l’architecture d’Artemis, a mentionné la scientifique.

L’astromobile devrait être utilisée pour des tâches logistiques et de la collecte de données scientifiques.

S’il reste donc encore plusieurs étapes avant le retour des humains sur la Lune, Mme Morisset croit qu’Artemis II aura fourni un «élan incroyable», en suscitant notamment un grand intérêt du public.

— Avec des informations de Charlotte Glorieux et de l’Associated Press