Réévaluation de l’interdiction de la fracturation hydraulique au Nouveau-Brunswick
La première ministre du Nouveau-Brunswick, Susan Holt (au centre), entourée du ministre des Affaires autochtones, Keith Chiasson (à gauche), et du ministre des Ressources naturelles, John Herron, s’adresse aux journalistes à Fredericton, le mercredi 26 août 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Eli Ridder Le gouvernement libéral du Nouveau-Brunswick envisage de lever l’interdiction de longue date pesant sur l’exploitation des importantes réserves de gaz naturel de la province, alors qu’il cherche des moyens de dynamiser son économie et d’assurer l’indépendance énergétique du Canada.
La première ministre Susan Holt a annoncé mercredi le lancement d’une consultation publique sur l’interdiction de la fracturation hydraulique, affirmant qu’elle examinait «toutes les options» pour soutenir la croissance de sa province dans un contexte d’escalade de la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis.
«Nous devons redoubler d’efforts alors que les échanges commerciaux avec notre plus proche voisin sont une nouvelle fois remis en question. Le moment est venu d’assurer notre autonomie et de protéger notre souveraineté», a soutenu Mme Holt mercredi.
L’ancien premier ministre libéral Brian Gallant avait instauré un moratoire sur la fracturation hydraulique en 2014, en réponse aux inquiétudes exprimées par les Premières Nations, les scientifiques et les défenseurs de l’environnement concernant les impacts de cette technique sur l’environnement, notamment sur les nappes phréatiques.
La fracturation hydraulique est un procédé consistant à injecter sous haute pression des fluides, du gaz et des produits chimiques dans le sous-sol afin de fracturer les couches de roche schisteuse et de libérer les poches de gaz de schiste qui y sont piégées.
Un changement de direction
Tout au long de sa carrière politique, Mme Holt s’est opposée à un retour à une exploitation à grande échelle du gaz de schiste par fracturation hydraulique.
Mais ces derniers mois, elle a présenté le Nouveau-Brunswick comme un acteur clé dans l’objectif du Canada de devenir une superpuissance énergétique. Elle s’est interrogée mercredi sur la capacité de la province à jouer ce rôle si elle dépend des États-Unis pour son approvisionnement en gaz naturel.
«Nous assistons à une évolution dynamique des relations et du secteur énergétique à l’échelle mondiale. Nous voyons nos alliés en Allemagne et en Pologne qui recherchent du gaz naturel», a-t-elle souligné.
«La seule chose responsable à faire à ce stade est de réexaminer les conditions du moratoire afin de déterminer si cela peut profiter aux Néo-Brunswickois ou non», a-t-elle ajouté.
Cette province des Maritimes dépend actuellement fortement du gaz naturel acheminé vers le nord depuis les gisements de schiste américains via le gazoduc des Maritimes et du Nord-Est, dont les coûts peuvent fluctuer considérablement d’un jour à l’autre.
Les efforts déployés par le gouvernement Holt pour convaincre le Québec de prolonger un gazoduc de Québec jusqu’au Nouveau-Brunswick se sont jusqu’à présent soldés par un échec.
Le processus de consultation publique devrait susciter des réactions variées.
Les conservateurs progressistes, dans l’opposition, ont multiplié cette année leurs appels en faveur de la levée de l’interdiction, tandis que les associations environnementales affirment que la fracturation hydraulique constitue une menace pour l’approvisionnement en eau.
L’Atlantica Centre for Energy, un groupe de défense à but non lucratif, a déclaré dans un communiqué qu’il soutenait le processus de consultation provincial en tant que débat et non comme une décision définitive.
La présidente de l’organisation, Michelle Robichaud, a souligné que cette initiative intervient alors que le Nouveau-Brunswick réfléchit à la manière de répondre aux besoins énergétiques croissants des entreprises et des habitants.
M. Gallant a remporté les élections de 2014, en partie grâce à sa promesse de mettre fin à la fracturation hydraulique dans la province, à la suite des manifestations contre l’exploitation gazière en 2013, qui avaient à un moment donné dégénéré en violences.
Pas de feu vert
Mme Holt a mentionné mercredi qu’une reprise généralisée de l’exploitation du gaz naturel pourrait créer une source de revenus pour le gouvernement grâce aux redevances.
Son gouvernement, à court de liquidités, prévoit des déficits budgétaires de plusieurs millions de dollars au moins jusqu’en 2028.
Mais la première ministre a également souligné que cet examen marquait le «début d’un dialogue» auquel participeraient les communautés des Premières Nations, les collectivités locales, les acteurs du secteur et les citoyens du Nouveau-Brunswick.
«Cet examen de cinq mois permettra d’évaluer le rôle potentiel du gaz naturel dans l’avenir du Nouveau-Brunswick. Aucun résultat n’est déterminé à l’avance. Il ne s’agit pas de donner le feu vert pour commencer à forer. Il s’agit d’un examen approfondi et réfléchi, ainsi qu’une conversation avec les Néo-Brunswickois», a expliqué Mme Holt.
Mme Holt a fait remarquer qu’aucune entreprise du secteur privé ne s’était manifestée à ce stade.
Lorsque l’interdiction est entrée en vigueur, l’intérêt du secteur privé pour les réserves de gaz du Nouveau-Brunswick s’est refroidi.
En 2019, un gouvernement progressiste-conservateur a instauré une dérogation à l’interdiction de la fracturation hydraulique dans la région de Sussex, au sud-ouest du Nouveau-Brunswick.
Cette dérogation a permis de poursuivre l’extraction de gaz naturel afin d’approvisionner les utilisateurs industriels locaux et d’entretenir les infrastructures existantes dans la région.
Glen Savoie, chef par intérim de l’opposition, a soutenu dans un entretien que les libéraux annonçaient cette révision afin de changer la perception du public alors que la province continue d’enregistrer des déficits budgétaires.
M. Savoie a ajouté qu’il ne ferait pas confiance au gouvernement Holt pour mettre en œuvre un retour à grande échelle de l’industrie du gaz naturel si l’interdiction venait à être levée.
Le ministre des Ressources naturelles, John Herron, a indiqué que cette révision permettrait d’examiner l’impact de l’exemption relative à la fracturation hydraulique sur l’environnement et de définir les conditions nécessaires pour aller de l’avant.
«Si nous ne pouvons pas être certains que cela peut être fait de manière sécuritaire, cela ne sera tout simplement pas réalisé», a déclaré M. Herron.
Le ministre des Affaires autochtones, Keith Chiasson, a précisé que les droits, les intérêts et les priorités des Premières Nations devaient être au cœur de cet examen, ajoutant que les dirigeants autochtones avaient apporté leur soutien au processus de consultation.
Le Nouveau-Brunswick recèle, selon les estimations, environ 77 900 milliards de pieds cubes de gaz naturel récupérable dans son sous-sol, ce qui pourrait représenter une valeur de plusieurs centaines de milliards de dollars, d’après les chiffres du gouvernement.
Une récente étude portant sur le service public d’électricité du Nouveau-Brunswick a notamment recommandé à la province d’augmenter la production de gaz naturel destiné au chauffage domestique.