Filière batterie: l’approche du gouvernement caquiste était «peu planifiée»

La Presse Canadienne | 10 juin 2026 | 14:07
Une enseigne est visible à l'entrée de l'usine Northvolt, baptisée Northvolt Six, à Saint-Basile-le-Grand, au Québec, le jeudi 27 mars 2025. Northvolt AB a déposé une demande de mise en protection contre la faillite aux États-Unis, mais a déclaré que cette décision ne compromettrait pas le projet d'usine de batteries pour véhicules électriques du fabricant au Québec — même si des centaines de millions de dollars provenant des contribuables investis dans la société mère pourraient être perdus. LA PRESSE CANADIENNE/Christinne Muschi

Les investissements du gouvernement caquiste dans la filière batterie ont reposé sur une «approche peu planifiée» dont «certains éléments essentiels, tels que des objectifs et des échéanciers, qui auraient permis de favoriser l’atteinte de résultats, ont été omis». 

C’est ce qui ressort du plus récent rapport de la vérificatrice générale du Québec (VGQ), Christine Roy, déposé au Salon rouge à l’Assemblée nationale, mercredi. 

La VGQ a analysé 29 dossiers en lien avec 11 entreprises de la filière batterie qui totalisent une aide financière autorisée d’environ 2,2 milliards $ au 30 septembre 2025. 

De cette somme, 760 millions $ ont été autorisés pour quatre entreprises qui se sont placées sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies. 

Le rapport précise toutefois que ce «montant ne doit pas être considéré comme étant le total des pertes, puisqu’une partie de ces sommes n’ont pas été déboursées, et que d’autres ont été récupérées ou pourraient l’être dans le futur». 

Autrement, 90 millions $ ont été autorisés pour deux entreprises dont les projets ont été suspendus ou abandonnés et 1 milliard $ pour trois entreprises dont les projets ont vu leurs coûts augmenter de plus de 100 %.  

Selon Christine Roy, ces dossiers «ne démontrent pas que tous les risques importants ont été suffisamment considérés lors de l’analyse des demandes d’aide financière».

«Or, il s’agissait, dans la plupart des cas, de risques importants», ajoute-t-elle.

«Ces risques ont trait au montage financier, à la capacité de production et aux échéanciers, à la capacité d’approvisionnement et à l’évaluation de la situation financière des entreprises concernées par les demandes d’aide», a-t-elle précisé en point de presse. 

Parmi ces entreprises analysées, on retrouve notamment Lion Électrique, Nemaska Lithium, Northvolt ou encore Nouveau Monde Graphite. 

Rappelons que le gouvernement caquiste avait misé gros dans Northvolt, mais la maison mère en Suède de l’entreprise a fait faillite en mars 2025. 

«On s’attend à davantage de rigueur et on s’attend à ce qu’il y ait des correctifs d’apportés», a soutenu Christine Roy.

En date du mois de mars, on évalue les pertes à 375 millions $ dans la filière batterie. La VGQ affirme qu’il est possible que ce montant puisse augmenter avec le temps. 

«Ça va dépendre de l’évolution de la situation de chacune de ces entreprises-là qui sont encore en cours de développement. Il y en a qui ont eu effectivement des augmentations de coûts importantes, donc c’est l’avenir qui va nous dire s’il y a des pertes additionnelles», a affirmé Mme Roy.

«Jeter l’argent des Québécois par les fenêtres»

La première ministre Christine Fréchette – qui a auparavant été ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie – a dû se défendre face aux questions de l’opposition libérale au Salon rouge mercredi. 

«Le gouvernement de la CAQ était tellement obsédé par la filière batterie qu’il était prêt à jeter l’argent des Québécois par les fenêtres pour faire quelques annonces d’investissement. (…) Ils ont annoncé la filière batterie et pendant quatre ans et demi, ils ont dépensé des centaines et des centaines de millions sans même avoir élaboré un cadre financier», a lancé le chef parlementaire libéral, André Fortin.

«J’aimerais rappeler que 95 % des pertes qui sont liées à la filière batterie sont liées à deux dossiers, à deux projets d’entreprises: Northvolt et Lion. Et ce sont deux projets d’entreprise pour lesquels j’ai mis un stop à l’injection de fonds publics, parce qu’on s’était engagé dans ce projet-là avec une trop grande exposition au risque», s’est défendue la première ministre. 

«On est déjà en train de mettre en place une nouvelle façon de gérer le risque pour être, oui, effectivement encore plus rigoureux», a pour sa part affirmé le nouveau ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, Bernard Drainville.