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La mission Artemis II a pris son envol vers la Lune avec 10 minutes de retard
Les astronautes de la mission Artemis II (Victor Glover, le Canadien Jeremy Hansen, Reid Wiseman et Christina Koch) sont prêts pour le décollage au Centre spatial Kennedy, en Floride, le 1er avril 2026. (AP/John Raoux) «Booster ignition!» C’est sur ces paroles du centre de contrôle que la mission Artemis II a pris son envol à 18 h 35, soit avec une dizaine de minutes de retard en raison d’un problème mineur de communication rapidement réglé.
Un vrombissement impressionnant de flammes et de fumée de la plus puissante fusée jamais expédiée par la NASA, la fusée Space Launch System (SLS) haute de 32 étages, a marqué le décollage survenu, malgré le petit retard, au début de la fenêtre de lancement de deux heures qui s’ouvrait à 18 h 24 (heure avancée de l’Est) au Centre spatial Kennedy, en Floride.
Il s’agit du premier voyage de l’humanité vers la Lune en 53 ans. Les quatre membres d’équipage, le Canadien Jeremy Hansen et les Américains Reid Wiseman, Victor Glover et Christina Koch survoleront toutefois la Lune sans escale ni même orbite, avant de revenir directement sur Terre pour amerrir dans l’océan Pacifique. Ils établiront un record de distance pour l’homme le plus éloigné de la Terre.
Décollage salué avec enthousiasme
Le décollage a été salué avec cris et applaudissements dans la salle de diffusion de l’Agence spatiale canadienne, à Longueuil, où tous les employés ont participé bruyamment au décompte des dernières 10 secondes.
L’astronaute David St-Jacques, qui animait l’événement, a fait preuve d’une belle candeur en entrevue avec La Presse Canadienne lorsqu’on lui a demandé s’il était jaloux: «De Jeremy? Ah ben oui! Il n’ y a pas d’astronaute qui n’aimerait pas ça être dans cette mission-là», a-t-il reconnu en riant. «Mais il faut comprendre que le rôle des astronautes, 95 % de notre carrière, on la passe au sol en soutien aux missions des autres. Jeremy était au sol à soutenir ma mission», a-t-il tenu à rappeler.
Jeremy Hansen, originaire de London, en Ontario, deviendra le premier non-Américain à voyager au-delà de l’orbite terrestre basse. Il est spécialiste de mission sur Artemis II. Reid Wiseman est le commandant, Victor Glover est le pilote et Christina Koch est l’autre spécialiste de mission.
Retards pour réduire le risque
Artemis II est la première mission lunaire habitée de la NASA depuis Apollo 17, en 1972. Son lancement a été reporté à plusieurs reprises depuis février en raison de fuites d’hydrogène et de problèmes de débit d’hélium.
Pour David St-Jacques, ces retards témoignent de la différence entre Apollo et Artémis: «À l’époque d’Apollo, on tolérait un niveau de risque qu’on ne tolèrerait plus maintenant. Le programme Artemis est basé sur un espoir que ce soit répétable, que ce soit fiable. Apollo, je caricature, mais on envoyait des êtres humains sur la Lune, puis on retenait notre souffle pour espérer qu’ils reviennent. Là, on veut être capable d’avoir confiance que c’est très fiable et que le niveau de risque est plus acceptable.»
Bien que l’usage exclusif de robots aurait permis de réduire ce risque à zéro, M. St-Jacques estime que ceux-ci sont utiles, mais pas encore faits pour ce genre de mission: «Il y a toujours eu des sondes robotiques. Par exemple, vers Jupiter, on a envoyé des robots. Sur Mars, ce sont des robots. Mais les robots sont plus lents. Les robots n’ont aucun jugement. Ça prend un être humain, quand même, au sol, qui utilise son jugement. On pourrait imaginer, un jour, des robots de plus en plus intelligents, mais l’avenir, c’est une collaboration, la robotique en support au jugement d’un équipage humain.»
Premiers pas vers Mars?
«Ce qu’on envisage avec le programme Artemis, c’est de retourner sur la Lune pour s’y installer avec une base, dans l’espoir de se rassurer qu’on est capable de vivre ailleurs que sur Terre pour ensuite oser envoyer des gens vers Mars. Des robots vers Mars, on en a envoyés, mais ultimement, ce sont des équipages humains qu’il faut envoyer», a soutenu l’astronaute québécois.
Artemis va survoler la face cachée de la Lune alors que celle-ci sera éclairée par le Soleil. «Oui, elle a été survolée, mais c’était la nuit, rappelle-t-il. Là, on va survoler la face cachée en plein jour et il y a des endroits qui vont être vus réellement pour la première fois. L’équipage va pouvoir faire un peu de reconnaissance pour voir où est-ce qu’on pourrait peut-être se poser sur ce côté-là.»
Il y a quelques semaines, le nouvel administrateur de la NASA, Jared Isaacman, a annoncé une refonte majeure du programme Artemis, ajoutant un vol d’entraînement supplémentaire en orbite autour de la Terre pour l’année prochaine. «Artemis I, il y a trois ans, n’avait personne à bord. C’était pour tester la fusée et la capacité de la capsule de revenir sur Terre. Artemis II, on met des astronautes à bord, on les envoie dans l’environnement de la Lune, on vérifie tous le système de pilotage manuel et fonctionnel. Artemis III, on va tester les rendez-vous avec l’alunisseur, mais autour de la Terre. Artemis IV, on va tout mettre ça ensemble et on va se poser sur la Lune», explique David St-Jacques
Rassemblements au Canada
Mercredi, outre le centre spatial John-H.-Chapman à Longueuil, des gens s’étaient rassembléspartout au Canada dans des sites historiques, des musées, des bibliothèques et des centres artistiques pour suivre le lancement.
La séance de visionnement du lancement a été retransmise en direct sur la chaîne YouTube de l’ASC. À Ottawa, une activité était organisée au Musée de l’aviation et de l’espace du Canada. À Vancouver, les gens étaient réunis au centre spatial H.R. MacMillan, tandis que les habitants d’Halifax ont pu suivre le lancement depuis le Discovery Centre.