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Mikaël Kingsbury conclut sa carrière là où tout a commencé pour lui
ARCHIVES - Le Québécois Mikaël Kingsbury tient ses médailles olympiques remportées aux Jeux de Milan-Cortina, le 16 février 2026 à Livigno, en Italie. LA PRESSE CANADIENNE/Sean Kilpatrick À tout juste 4 ans, Mikaël Kingsbury s’initiait au ski à Saint-Sauveur. Quelque 29 ans plus tard, après une illustre carrière qui a fait de lui le plus grand athlète de son sport, le Québécois a décidé de tirer sa révérence au même endroit en y disputant sa dernière compétition.
Après l’exaltation des Jeux de Milan-Cortina, où il a décroché une médaille d’argent à l’épreuve individuelle avant de remporter la toute première présentation de l’épreuve en parallèle aux Olympiques, celui que l’on surnomme le «Roi des bosses» bouclera la boucle aux Championnats canadiens de ski acrobatique, vendredi et samedi.
S’il demeure compétitif, Kingsbury voit beaucoup plus cette dernière compétition comme une occasion de célébrer là où tout a commencé. Il préparait d’ailleurs cette dernière sortie depuis l’été dernier.
«J’ai commencé à skier ici, j’ai fait ma première compétition sur la même piste où je vais faire ma dernière, a-t-il déclaré, jeudi, lors d’une entrevue avec La Presse Canadienne. Je n’ai aucun regret dans ma carrière. Pour moi, c’est déjà mission accomplie. J’ai gagné ce que j’ai voulu gagner, donc c’est comme une fin de semaine bonbon.
«Pour moi, (les Jeux sont) la fin de ma vraie carrière compétitive, a-t-il statué. (Les Nationaux), c’est comme une célébration. J’ai mis mes skis pour la première fois (mercredi) depuis que j’ai gagné la médaille d’or olympique, donc disons que ce n’est pas (la meilleure) préparation.»
C’est donc entouré de sa famille et de ses amis qu’il dévalera une piste de ski de bosses pour la toute dernière fois en compétition. Il a même profité de l’occasion pour skier avec son frère.
«J’ai tellement eu du fun (jeudi), j’ai pu skier avec (Maxime), qui a skié avec l’équipe du Québec jusqu’à 17 ans, je crois, a révélé Kingsbury. Il veut devenir chiro, mais c’est encore un excellent skieur. On était un peu compétitifs, voir c’était quoi nos temps, les différences de nos temps.»
L’histoire ne dit pas qui a été le plus rapide. Mais avec 100 victoires, 143 podiums et 29 globes de cristal en Coupe du monde, neuf titres de champion du monde et cinq médailles – dont deux d’or – en autant d’épreuves olympiques, Mikaël a certainement tous les atouts pour devancer n’importe qui.
C’est ce qu’il a fait à l’épreuve individuelle des Nationaux, vendredi, l’emportant devant Gabriel Dufresne et Julien Viel.
Féru de statistiques, Kingsbury est revenu sur cette 100e victoire, obtenue à Val Saint-Côme cet hiver. Il l’a décrochée malgré une déchirure à l’adducteur qui a rendu sa préparation pour les Olympiques plus compliquée, mais surtout douloureuse.
Cette blessure aurait pu avoir un impact significatif sur sa prochaine année.
«J’aime les chiffres ronds et j’adore les statistiques. J’allais prendre ma retraite après m’être rendu au moins à 100, a-t-il avoué. C’était clair dans ma tête. Je voulais me rendre à 100.»
Mais s’il devait identifier le plus grand moment de sa carrière, ce serait sa victoire en parallèle aux Jeux de Milan-Cortina, le mois dernier.
«Gagner en (parallèle), cette année, et de le faire devant toute ma famille, mon petit garçon (Henrik), c’est ça qui est numéro 1, sachant que c’était ma dernière performance, a-t-il dit. C’est ce que je voulais, gagner (en parallèle) aux Jeux, puis prendre ma retraite. Avec la blessure, ça semblait difficile, quasiment infaisable par moment. Mais j’y ai toujours cru. Je n’aurais pas pu demander un meilleur scénario.»
Ces risques de blessures et l’arrivée récente de Henrik dans la famille ont aussi eu leur mot à dire dans la décision de Kingsbury de clore cet important chapitre.
«Je suis père, j’ai envie de jouer avec mon petit gars, je veux skier avec, je veux faire plein de sports avec lui et je veux être en santé, a-t-il dit. C’est sûr que ça a pesé très lourd dans la balance.»
Et qu’est-ce qui l’attend maintenant?
«Je vais au Japon, j’ai mon camp de ski pour les jeunes (à Saint-Sauveur). Quelques trucs pour des commanditaires. Puis juste me reposer. Peut-être des vacances à la maison, ou quelque part où il fait chaud. Je suis excité de toutes les opportunités devant moi», s’est-il contenté de dire, sans entrer dans les détails.
D’observateur à champion
Kingsbury souhaite évidemment gagner à Saint-Sauveur. Mais toute la symbolique derrière cette compétition surpasse les résultats, qui deviennent secondaires. C’est à cet endroit qu’il a dévalé ses premières pentes, qu’il a effectué ses premiers sauts et qu’il a compris quel était son destin.
«Quand j’avais 7 ans, je trouvais que l’équipe de bosses ici à Saint-Sauveur avait l’air cool, ils portaient tous le même manteau, s’est-il remémoré avec un sourire. J’ai demandé à mes parents si c’était possible dans le futur de joindre cette équipe-là et quand c’est arrivé, c’est vraiment là que la passion a commencé.»
Au fil des compétitions, que ce soit les Championnats canadiens ou au sein du circuit nord-américain, Kingsbury a gravi les échelons un à un, jusqu’à ce qu’il obtienne son billet pour sa première étape de la Coupe du monde. C’était le 8 janvier 2010 à Calgary, quelques semaines avant les Jeux olympiques de Vancouver.
Anxieux, il a pris les 36e et 54e échelons lors des deux épreuves individuelles. Mais au-delà des résultats, cette compétition lui a permis de se frotter aux meilleurs pour la première fois. L’occasion était parfaite pour apprendre des meilleurs.
Le Québécois Alexandre Bilodeau, l’Australien Dale Begg-Smith et le Français Guilbaut Colas sont les trois skieurs qu’il a particulièrement observés.
«Je dirais que c’est là que j’ai eu le déclic de devenir un vrai compétiteur, a-t-il expliqué. J’avais une passe d’athlète, donc j’ai pu aller en haut du parcours, regarder comment les meilleurs au monde, mes idoles, se préparaient. J’ai changé un peu ma mentalité quand je suis retourné sur le circuit nord-américain. Après, c’est là que je me suis mis à être dominant.»
La suite est passée à l’histoire.