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La baisse des prix du cacao ne se répercutera pas sur les consommateurs
Une cliente choisit des chocolats de Pâques dans une boutique du centre-ville de Toronto, le jeudi 17 avril 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Doug Ives Les prix du cacao ont baissé après la flambée observée ces dernières années, au grand soulagement des chocolatiers – mais cela ne signifie pas pour autant que les consommateurs bénéficieront de prix plus bas.
Les fabricants de chocolat ont procédé à des changements importants ces dernières années après qu’une conjoncture désastreuse a anéanti les rendements de cacao et propulsé les prix à des sommets historiques. Les contrats à terme sur le cacao dépassaient les 12 000 $ US la tonne en 2024, soit quatre fois leur valeur de l’année précédente. Alors que le choc initial des prix et la «réduflation» ont stupéfié les consommateurs, la hausse des prix des tablettes de chocolat est finalement devenue la nouvelle norme.
Puis, le cacao brut est redevenu moins dispendieux. Les contrats à terme sur le cacao sont retombés à un niveau comparable de celui d’avant la flambée – un peu plus de 3000 $ US la tonne – à mesure que les conditions météorologiques s’amélioraient et que les producteurs enregistraient de meilleurs rendements. Mais les experts ont prévenu que la baisse du prix de cette matière première ne se répercutera probablement pas dans votre épicerie.
Les chocolats de Pâques actuellement en magasin ont été planifiés et produits il y a plusieurs mois, a souligné Tim Webb, associé responsable de la chaîne d’approvisionnement et des achats chez KPMG Canada.
«Les prix (des contrats à terme) du cacao que vous voyez aujourd’hui ne se répercuteront pas sur les rayons avant au moins 12 mois», a-t-il soutenu.
Cela signifie que les consommateurs ne verront pas de baisse des prix des chocolats de Pâques cette saison – ni peut-être même la saison prochaine.
Des changements là pour rester
Alors que le prix du cacao brut bondissait, de nombreux fabricants de chocolat ont modifié leurs recettes et rééquipé leurs installations pour maintenir leurs coûts à un niveau bas, a expliqué M. Webb. L’objectif était de rendre leur chaîne d’approvisionnement plus résiliente, de réduire les coûts et de diminuer la dépendance à l’égard du cacao brut dans leurs produits, a-t-il ajouté.
Par exemple, certains ont commencé à produire des œufs en chocolat contenant moins de cacao, ce qui implique de fabriquer des coques plus fines et de les remplir de caramel, de nougat, de fudge, de beurre d’arachides et d’autres alternatives moins coûteuses pour remplacer le chocolat.
«La quantité réelle de chocolat au cacao contenue dans une tablette (…) a été réduite», a indiqué M. Webb.
Et ces changements aux recettes et aux processus de production sont probablement là pour durer. Repenser la composition des produits pour obtenir le goût et la texture souhaités est un processus qui demande beaucoup de ressources et de temps, a affirmé M. Webb.
«Les ingénieurs des départements de recherche et développement y travailleront bien à l’avance, puis ces modifications seront transmises à la production avec des instructions sur la manière d’ajuster les machines», a-t-il expliqué.
Jo-Ann McArthur, présidente de Nourish Food Marketing, a mentionné que la refonte d’une recette de chocolat ou de bonbons implique également de supporter les coûts liés à un nouvel emballage et à une nouvelle stratégie marketing.
«Ce sont toutes des choses difficiles à faire. On ne peut pas changer cela du jour au lendemain», a-t-elle déclaré.
Des marges plus élevées pour les entreprises
Mme McArthur a indiqué que les entreprises sont plus susceptibles de maintenir les prix de détail à leur niveau actuel et de récupérer une partie des coûts plus élevés qu’elles ont supportés ces dernières années. Cela signifie que les fabricants pourraient enregistrer des bénéfices plus élevés cette année.
Dirk Van De Put, directeur général de Mondelez International, propriétaire de Cadbury, a déclaré aux investisseurs le mois dernier que la baisse des prix des contrats à terme sur le cacao «augure très bien» pour 2027, et que l’activité chocolat de l’entreprise augmentera «sa marge de manière considérable».
Lors d’une autre occasion en février, M. Van de Put a souligné que, tant que le prix du cacao ne serait pas descendu en dessous de 3000 $ US la tonne, l’entreprise ne prévoyait pas d’ajuster les prix de ses marques de chocolat, parmi lesquelles figurent Dairy Milk et Toblerone.
Par ailleurs, la demande des consommateurs pour les bonbons autres que le chocolat est restée forte alors que le chocolat devenait plus cher, selon une enquête menée par Circana l’automne dernier. Sur une période de huit semaines s’étendant jusqu’à la mi-septembre, les ventes de bonbons d’Halloween autres que le chocolat ont dépassé celles du chocolat, indique le rapport.
«Les fabricants sont toujours à l’écoute de ce que demande le consommateur», a souligné Amanda Norris, économiste principale chez Farm Credit Canada.
«Si les consommateurs demandent (moins de) produits chocolatés et peut-être davantage de produits liés aux bonbons, alors les fabricants vont procéder à ces substitutions», a-t-elle ajouté.
La réduction de la teneur en cacao dans les produits chocolatés a également fait baisser la demande mondiale pour cette matière première, ce qui a poussé les prix du cacao encore plus bas, a détaillé M. Webb.
Cependant, d’autres défis fondamentaux et géopolitiques accentuent la volatilité pour les fabricants.
Les conditions météorologiques sont devenues plus capricieuses et imprévisibles à mesure que les changements climatiques s’intensifient, a soulevé Mme Norris, tandis que les tensions géopolitiques et la guerre au Moyen-Orient ont fait grimper les coûts de transport.
«Les fabricants vont chercher des moyens de stabiliser leur approvisionnement», a-t-elle mentionné, ce qui facilitera les ventes, les prévisions et la gestion de leurs résultats financiers.
Concurrence des petits chocolatiers
Toutefois, les grands fabricants pourraient encore faire face à la concurrence des petits chocolatiers, compte tenu de leur flexibilité pour s’adapter à l’évolution des prix courants et acheter de petits lots.
Selon Mme McArthur, les petits acteurs pourraient tirer parti des achats au comptant et produire des produits chocolatés avec une teneur en cacao plus élevée et à des prix plus bas.
Elle a indiqué que certains de ses clients avaient connu des difficultés en raison de la hausse des prix du cacao.
Mais cela pourrait être l’occasion pour les petits acteurs de récupérer ces pertes tout en produisant des chocolats de haute qualité avec un pourcentage de cacao plus élevé, à son avis.
«Ils pourraient avoir l’occasion de se démarquer», a-t-elle soutenu.