Chefferie caquiste: Fréchette veut ramener le PEQ et offrir un clause grand-père

La Presse Canadienne | 10 février 2026 | 15:24
Christine Frechette, à droite, et le ministre de l'Immigration, Jean-François Roberge, s'adressent aux médias lors de la réunion du caucus de la Coalition Avenir Québec (CAQ) à Trois-Rivières, au Québec, le mardi 27 janvier 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Christinne Muschi

Après avoir été interpellée par son rival Bernard Drainville, la candidate à la chefferie caquiste Christine Fréchette propose désormais de ramener le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) pour une durée de deux ans afin de donner une «clause grand-père» aux immigrants qui étaient présents sur le territoire québécois au moment de sa fermeture. 

Christine Fréchette dit aussi vouloir réduire «du même nombre les invitations du Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) afin de respecter nos seuils d’immigration». 

«Cette période de transition de deux ans permettra d’offrir une voie de passage juste et prévisible à celles et ceux qui sont déjà intégrés ici. Deux ans pour rétablir la confiance et mettre en place graduellement une réforme durable», a-t-elle écrit sur Facebook mardi. 

Du même souffle, elle accuse son rival dans la course Bernard Drainville de promettre une «fausse clause grand-père», arguant qu’il «restreint les personnes admissibles, et ce, sans préciser sa cible d’immigration». 

«Sa proposition de réduire en conséquence les cibles d’immigration temporaire démontre sa méconnaissance du fonctionnement de notre système d’immigration. On ne peut pas gérer ces enjeux complexes avec des solutions simplistes», ajoute la candidate à la succession de François Legault. 

Pour sa part, M. Drainville s’est engagé à donner une clause grand-père aux travailleurs temporaires dans les secteurs prioritaires, comme la santé ou encore l’éducation.  

«Je vais la laisser utiliser les épithètes qu’elle souhaite, a-t-il lancé en mêlée de presse à l’Assemblée nationale, mardi après-midi. La proposition que nous faisons est très équilibrée, parce qu’elle nous permet de donner un droit acquis à des travailleurs temporaires qui sont déjà chez nous, mais on réduit d’autant l’immigration temporaire à venir.»

Selon lui, la proposition de Mme Fréchette ne favoriserait pas la «régionalisation» de l’immigration, comme le permettrait le PSTQ.

Rappelons que le ministre de l’Immigration, Jean-François Roberge – qui appuie Christine Fréchette dans la course – , a mis fin au PEQ en novembre dernier. Ce programme permettait aux travailleurs étrangers temporaires et aux étudiants étrangers d’obtenir plus facilement leur certificat de sélection du Québec.  

La décision du ministre ne cesse d’être décriée de toutes parts. Malgré la pression pour offrir une clause de droits acquis, M. Roberge refuse de reculer. Toutefois, la semaine dernière, il s’est engagé à ce que les dossiers de 6300 travailleurs étrangers du secteur de la santé soient traités en priorité dans le PSTQ.  

Selon le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon, la position de Mme Fréchette constitue un «désaveu complet» de M. Roberge, «qui, pourtant, l’appuie dans sa course à la chefferie», et du premier ministre démissionnaire François Legault.

Pour ajouter à la confusion, la CAQ présente donc, actuellement, trois positions différentes dans le dossier du PEQ: celle de Mme Fréchette, celle de M. Drainville et celle de MM. Roberge et Legault. 

Legault s’ingère encore dans la course

Plus tôt dans la journée, avant la sortie publique de Christine Fréchette, M. Legault s’en était pris à la position de Bernard Drainville, qu’il jugeait trop permissive.

Alors qu’il était de passage à Montréal, M. Legault a prévenu que des centaines de milliers de personnes seraient admissibles à la citoyenneté si Québec créait une clause de droits acquis. 

«Techniquement, il pourrait y avoir 350 000 travailleurs temporaires qui déposent une demande dans le PEQ s’il y avait une clause grand-père. On ne peut pas dire demain matin: « On ouvre la possibilité d’un PEQ à 350 000 travailleurs temporaires »», a-t-il affirmé.

«Là, ce que je comprends, c’est qu’il y a des partis d’opposition, et peut-être un de nos candidats, qui disent: « Il faudrait peut-être faire des exceptions ». Pour combien? 1000? 10 000? 100 000 personnes?» a demandé le premier ministre sortant.

M. Legault a martelé que selon lui, il fallait réduire le nombre d’immigrants temporaires à Montréal et à Laval.

Lorsqu’il parle de 350 000 personnes, François Legault «parle des travailleurs temporaires, des travailleurs du Programme de mobilité internationale, il parle également des demandeurs d’asile», a réagi M. Drainville. 

En entrevue à Radio-Canada samedi dernier, Me Laurence Trempe, avocate en droit de l’immigration et spécialiste du PEQ, avait tenu à corriger les chiffres avancés par le gouvernement.

Me Trempe a affirmé que bon an, mal an, seulement entre 10 000 et 20 000 personnes posaient leur candidature au PEQ, un programme qui ne s’adresse qu’aux immigrants économiques, a-t-elle souligné.

«C’est la pagaille la plus complète»

Les libéraux et les solidaires en ont profité pour exhorter le gouvernement caquiste de reculer et de réinstaurer le PEQ.



«C’est ça le Québec dans une fin de régime, d’une chefferie où ça s’entre-déchire. (…) C’est la pagaille la plus complète. On demande à François Legault – qui n’est pas encore parti, semble-t-il, il a encore son chèque de paye là – de mettre son pied à terre, de sonner la fin de la récréation, d’ouvrir ses ornières lui aussi, puis de faire la seule chose qui se doit: réactiver le PEQ», a fustigé le chef libéral Marc Tanguay.

«Jean-François Roberge, plus que jamais, est isolé et il doit faire la seule chose qui s’impose, c’est-à-dire arrêter les tergiversations, arrêter les débats, arrêtez l’anxiété généralisée qui touche des milliers de Québécois et Québécoises issus de l’immigration, mettre fin à ça une fois pour toutes, accorder la clause du droit acquis, accordez le PEQ», a lancé le solidaire Guillaume Cliche-Rivard.